Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 mars 2017

La mystérieuse affaire de styles (2)

plume écrivant.jpg

Comment définir le "style" en littérature ? Il y a-t-il un style spécifique à chaque écrivain ? Le style est-il influencé par l’époque, le milieu, une idéologie ? Y a-t-il une sorte de secret du style qui expliquerait pourquoi certains auteurs sont passés à la postérité quand d’autres, glorifiés de leur vivant, sont tombés dans le puits de l’oubli ?

Le style, c’est la manière employée par l’auteur pour écrire son texte. De sorte que le "style" du texte renvoie à l’auteur. Nous reconnaissons, par exemple, la plume d’un Céline ou d’un Proust, en lisant un extrait de leurs livres. Il s’agit là de styles littéraires sui generis flagrants. Mais tous les textes passés à la postérité ne sont pas écrits de façon aussi clairement identifiables. Il y a des styles d’écriture, aussi resserrés que le code civil, comme l’exprimait Stendhal, qui propulsent les œuvres hors de leur époque grâce à leur sobriété.

AVT_Stendhal_4817.jpeg

Le style est une condition indispensable pour assurer la pérennité d’une œuvre. Nous en avons pour preuve le nombre limité d’émotions humaines qui fournissent la matière de tous les récits depuis Villon, Ronsard jusqu’à Albert Cohen… (amour, ambition, haine, avarice), qui sont traités dans divers genres littéraires (théâtre, polar, SF…), et pourtant, chacune de ces œuvres possède sa musique propre, son charme et ses enseignements, portés par leurs styles.

Ainsi, cette "mystérieuse affaire de style" porte en elle la question de la postérité qui n’est autre que le succès durable d’une œuvre, par opposition à son succès immédiat et fugace.

Le succès d’un roman fraîchement publié coïncide rarement avec un succès durable dans la mesure où ce n’est pas le texte qui est porté au pinacle des médias dès sa publication, mais l’auteur. Admettons qu’un roman contemporain soit célébré "hors sol" (sans affinités de l’auteur avec les cénacles de la culture officielle), il y aura toujours un décalage chronologique avec sa publication, le temps que la renommée soit bâtie par les lecteurs eux-mêmes ; c’est un cas extrêmement jubilatoire pour l’éditeur français ‒ deus ex machina du marché du livre ‒ quand la postérité peut coïncider avec la prospérité.

C’est le génie de l’artiste de créer une œuvre qui colle aux questions que se posent les gens aujourd’hui et qui exprimera toujours leurs états d’âme 50 ou 100 ans plus tard, voire plusieurs siècles, comme Molière : la misanthropie, la tartuferie, le snobisme et la fatuité ont existé et existent encore… ou comme Shakespeare ou encore Tchékhov, etc. Toute la difficulté, c’est-à-dire tout l’art, consiste à exprimer ce que ressent l’homme constamment, aujourd’hui comme demain, dans un style qui lui-même sera pérenne, dégagé des considérations démagogiques de plaire à tout prix.

4954201_6_0807_2016-06-20-025b04d-29891-kxmuam_8266a4835212caf2d5063de658b009a1.jpg

Voyez Flaubert, voyez Balzac, voyez même Agatha Christie dans un autre genre, un style sobre les préserve de la désuétude et de la ringardise. Un décor daté, tel l’univers balzacien par exemple, ne rend nullement obsolètes les passions, les sentiments, les états d’âme de leurs personnages.

Agatha Christie.jpg

Un certain style peut flatter le snobisme d’une époque (voir mon article sur « la septième fonction du langage ») mais il peut aussi graver l’œuvre dans une certaine intemporalité, dans l’universalité.

Prenons l’exemple des 2 Bazin, le grand-oncle René et le petit-neveu Hervé. L’auteur de Vipère au poing a décrit une relation mère-fils toujours brûlante de vérité quand le grand oncle prônait des valeurs morales bien-pensantes dans ses romans louangés par d’influents contemporains et ignorés aujourd’hui.

Stendhal qui voulait « montrer la vérité, l’âpre vérité » de la société de son temps avait compris le risque en littérature de coller de trop près au goût du jour, optant pour un style aussi nu que le code civil, afin de rester objectif.

220px-Balzac.jpg

Il en de même chez Balzac. Relisez Balzac, relisez Les illusions  perdues : dans le décor précisément décrit de son époque, il fait vivre des personnages aux destins éternels, l’ambitieux Lucien qui réussit vite grâce à ses fréquentations dans la presse et le sincère et laborieux David écrabouillé par Lucien… Le lecteur est touché par les aventures de ces personnages. La postérité de l’œuvre de Balzac a surmonté, grâce aux lecteurs, les lamentables critiques de l’époque[1].

Le style de ces écrivains résulte d’un choix, d’une intention de montrer les mœurs de leur temps avec distanciation et un regard critique.

L’écrivain joue avec la palette des figures de styles, de la syntaxe et du vocabulaire pour mettre en valeur des aspects de la société que le lecteur découvrira avec un œil neuf. L’auteur utilise le style, comme Hitchcock utilise la lumière et les ombres dans ses films, pour mettre en évidence les actes et les intentions, le courage ou les faiblesses des êtres humains auxquels le lecteur pourra se référer ensuite dans sa propre existence.

Parmi des pratiques d’écriture qui condamnent un récit au pilon à brève échéance, on peut citer les comparaisons et les métaphores échevelées, le vocabulaire générationnel (veston, bachot), les lieux communs et les images préfabriquées, les reconstitutions historiques cinématographiques, les pastiches, le prétendument pittoresque, l’humour inadapté ou la retranscription évidente d’un texte dicté. Également, ce défaut irrémédiable de dérouler un scénario, d’étoffer un résumé, sans entrer dans le monde parallèle de ses personnages.

pilon.jpg

Le choix du temps des verbes d’un récit est un procédé de style intentionnel. La plupart des fictions sont écrites au passé simple. Le passé simple relate les aventures des personnages à n’importe quelle époque et l’écrivain est supposé nous raconter une histoire dont il connaît les tenants et les aboutissants, la fin et la morale. C’est une illusion artistique qui installe le lecteur dans le confort et donne une valeur de témoignage au roman.

Dans L’étranger de Camus, toutes les actions du narrateur sont écrites au passé composé, ce qui introduit une distance entre le narrateur et les faits qu’il relate, il n’est pas concerné, comme un psychopathe dénué d’empathie. Cette tournure grammaticale donne la clé de la fiction.

Comme œuvre écrite au présent, j’ai l’exemple de mon propre roman, le 7ème opus de Polycarpe.

CouvPH7.jpg

Tous les autres romans de la série sont au passé simple et celui-là, non. J’ai choisi ce temps pour bien marquer la différence entre ce que vivent mes personnages récurrents dans le présent et ce que d’autres personnages ont vécu de traumatisant dans le passé. J’écris comme Hergé dessinait, délimitant clairement les éléments de ses dessins, je cerne mes personnages par des traits simples et caractéristiques, et j’ai besoin de cette netteté pour mettre en évidence les premiers plans et les seconds plans… L’imparfait et le présent délimitent ainsi clairement dans mon roman le récit des souvenirs dans la fiction. Et pour achever le triptyque chronologique, j’annonce en dernière partie le future heureux qui attend la fille brimée de la famille Torchepot…

Les détails du style liés à la ponctuation (le point-virgule), à l’utilisation de certains mots inusités (bobèche), à l’emploi de la préposition "pour" (qui présuppose sans raison l’intention d’un personnage), de même que la nécessité de varier les débuts de paragraphe et d’intervertir les sujets et les compléments circonstanciels, feront peut-être l’objet, si j’ai le temps, d’un abécédaire… l’abécédaire des Polycarpe

D’une façon générale, un début de roman ou quelques pages prises au hasard, donnent un échantillon du style de l’écrivain, comme la fleurette du chou-fleur est une projection du chou-fleur entier, à l’image d’une fractale.

Le roman est ainsi un objet fractal : le tout est semblable à une de ses parties.

220px-Fractal_Broccoli.jpg

[1] « Ce livre, dans lequel on n'entre que comme dans un égout, ce livre tout plein de descriptions fétides, ce livre dégoûtant et cynique, est tout simplement une vengeance de M. de Balzac contre la presse. », et sous la plume de Jules Janin : « Jamais en effet, et à aucune époque de son talent, la pensée de M. de Balzac n'a été plus diffuse, jamais son invention n'a été plus languissante, jamais son style n'a été plus incorrect... ». La publication d'Un grand homme redouble les attaques portées à Balzac par la presse et plus particulièrement par les petits journaux, critiques qui vont ternir durablement la réputation de Balzac. Les Illusions perdues, que Balzac considérait comme « l'œuvre capitale dans l'œuvre », sera peu réédité dans la seconde moitié du siècle.

 

21 novembre 2016

les dessins de Van Gogh et le coup éditorial du seuil, suite...

faux tableaux, van gogh, Criminelles,

Tiens, comme c'est bizarre ! Suite du post précédent...

Lu dans Livre Hebdo : "Le musée néerlandais dédié au célèbre peintre impressionniste juge que les dessins publiés par Le Seuil sont des faux."

  Évidemment que c'est un "coup" éditorial !
Je suis toujours extrêmement surprise du déni d'imposture répandu dans la population qui se bouche les yeux comme le vieil homme de Van Gogh.

Idem pour écrivains prétendument auteurs d'un livre par mois... durant trente ans ! Qui peut croire ça ? Alice au pays des merveilles, peut-être ?
La pensée magique, le désir de contes résiste à la logique et au raisonnement ; Finalement, c'est un peu ça que je démontre dans mes "Polycarpe" : mon cher Poly ne peut s'empêcher de dénoncer le déni d’imposture, qui est l'alibi du crime.

* * *

Suite de l'enquête, article trouvé dans Livre hebdo aujourd'hui 7 décembre:

"le musée liste plusieurs points factuels concernant l'encre utilisée, la technique, le style, la provenance et la fiabilité du carnet. Concernant l'encre utilisée, le musée fait par exemple remarquer qu'elle est marron, alors que Van Gogh utilisait surtout une encre noire, mais décolorée avec le temps, ainsi qu'il peut être constaté sur les dessins authentifiés, ce que l'auteur du carnet aurait voulu reproduire en ignorant cette particularité. Le musée relève aussi des erreurs topographiques, s'interroge sur la reconstitution de la chronologie des dessins, et met en doute l'authenticité d'un carnet de notes utilisé pour retracer l'origine des dessins."



 

 

 

 

29 décembre 2015

POLYCARPE, saint martyr de l’ANTI-BÊTISE (selon Flaubert)

Flaubert, Nadar, Polycarpe, synchronicité

L’auteur de « L’Éducation sentimentale » s’identifie à Polycarpe, évêque de Smyrne, dans les années 100 ap. J.C. mort en martyr de la stupidité des hommes. Flaubert signe nombre de ses lettres : « Polycarpe ».

« La découverte de la parenté spirituelle avec saint Polycarpe date de l’adolescence de Flaubert. Ce saint fit partie des surnoms que ses amis lui attribuèrent, et Flaubert le conserva toute sa vie, comme en témoignent ses signatures. C’est par dizaines d’exemplaires qu’on le trouve dans sa correspondance.
Au point que ses amis organisent pour distraire l’écrivain souvent déprimé une sorte de « dîner de con » le jour de la saint Polycarpe, pour lequel Maupassant rédige la lettre du "cochon de St Antoine" (où le cochon demande la protection de St Polycarpe)… C'est à qui fêtera de la façon la plus digne et la moins recueillie le patron de l’anti-bêtise : déguisements, fleurs, discours versifiés, Champagne, cadeaux, rien ne manque. Le menu est même composé d'après les œuvres de Flaubert. Si ces festivités permettent, d'une façon burlesque, d'évoquer saint Polycarpe, c'est que Flaubert l'invoque toujours devant le spectacle de la bêtise.


Extraits de l’article de Michel Adam,
Bulletin de l'Association Guillaume Budé
Année 1972 Volume 1

Si je regrette d’avoir ignoré cette facette biographique de mon écrivain fétiche quand j’ai conçu ma série des « Polycarpe », je suis encore abasourdie par la synchronicité de cette découverte.

[Synchronicité : « coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue». Selon Jung, les phénomènes synchronistiques se comportent comme des hasards gorgés de sens. Ils sont caractérisés par la coïncidence porteuse d’une signification.]

Toutes proportions gardées, comme madame Bovary est un peu Flaubert, Polycarpe est un peu moi, dans ce que mon personnage central exprime ma détestation de la pensée unique, conformiste, de ceux qui se croient originaux, pertinents et supérieurs ‒ en un mot : bêtes ! D’où le caractère bougon, colérique, de "mon" Polycarpe, pas toujours à prendre avec des pincettes, comme l’était d’ailleurs Gustave Flaubert, que George Sand appelait son « ours ».

20:04 Écrit par Claudine dans confidences, insolite, littérature, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

14 novembre 2015

Nouvelle impression et nouveau format de POLYCARPE

le nègre en chemise, Polycarpe,roman policier

 
Et, pour commencer, le 3ème volume, en rupture de stock...
Vous trouverez un "Avant-propos de l’auteur" :

  Ce troisième volume de la série des Polycarpe est le seul à afficher des lettrines au commencement de chaque chapitre.
  Cette fantaisie typographique constitue un indice dans cette fiction : les initiales majuscules des chapitres mises bout à bout dévoilent en effet une phrase-mystère.
  Mais quand bien même vous déchiffreriez cette phrase, elle ne dévoilera son secret qu’à la toute fin du livre, je ne vais quand même pas vous priver du délicieux frisson du suspense.
  Ce procédé, par ailleurs enchâssé dans l’enquête, met notre cher Polycarpe sur la piste du criminel.
  La construction en abyme de cette fiction n’a d’autre objectif que de vous intriguer en lui conférant du relief : un nègre littéraire écrit Le Nègre en chemise (le roman dans le roman que vous allez lire) au profit de l’auteure officielle, en gloire sur les plateaux télé ‒ miroir de la réalité.  
  Amies lectrices, chers lecteurs, cette affaire de lettrines n’est qu’un artifice ludique parmi d’autres techniques romanesques, dans cette comédie policière whodunit qui porte sur nous autres humains un regard un tantinet sarcastique. 
  Croyez-moi, ce Polycarpe va vous distraire.

23 septembre 2015

Dérivation illocutoire !

critique littéraire, nouveautés, livres, rentrée littéraire

J’ai acheté La septième fonction du langage*,  sur la foi d’une critique louangeuse de Busnel dans LGL, interpellée par le pitch  titillant l’étudiante en linguistique que j’étais dans les années 70. J’ai ainsi stupidement dilapidé 22 € quand j’aurais pu, avec un peu de patience, satisfaire ma curiosité en dégotant ce bouquin chez un soldeur ou chez Emmaüs pour une bouchée de pain.

Ce texte pourrait se définir comme un exercice d’atelier d’écriture dont la contrainte résiderait dans la transformation de vrais intellos de l’époque en personnages de fiction, se vautrant dans le stupre et d’obscures spéculations linguistiques. Autre consigne : des phrases au présent, jetées comme des indications de scénario, en une succession de courts paragraphes : « Foucault débarque (…) Foucault demande des nouvelles(…) Foucault prend Derrida à part (…) Foucault dit qu’il n’aurait pas fait une chose pareille (…) »

L’astuce du siècle consiste à injecter au goutte-à-goutte un certain suspens ‒ absolument indispensable pour faire passer les bourratives digressions : un mystérieux document disparait, dont veulent s’emparer un espion bulgare avec son pébroque, deux moustachus à la Dupondt et les membres de la secte des coupeurs de doigts, le Logos club, où sont organisées des joutes verbales dont les perdants sont amputés !

L’auteur se marrait peut-être en échafaudant son petit scénario à la Tintin, mais la caricature et la dérision, ça va un moment ‒  dans une BD peut-être mais pas en littérature ‒ tout ça pour découvrir à la fin que si Mitterrand (ben, l’homme du secret, pardi !) a été élu en 81 et réélu, c’est qu’il était en possession du fameux document-mystère ! Et vous savez quoi ? Il s’agit de la septième fonction du langage, qui n’est autre que la technique de la manipulation verbale…

Je vous laisse digérer cette trouvaille.

J’avoue que j’ai failli abandonner la lecture de cette œuvre géniale sélectionnée pour le Goncourt,  après cet extrait, page 439 : « Le sophiste au bec de médecin cale les couilles de Sollers entre les deux lames du sécateur, empoigne fermement les poignées, à deux mains, actionne le mouvement de cisaille. Et coupe.

Kristeva tressaille.

Sollers émet un bruit inconnu, un claquement de gorge suivi d’un long miaulement qui ricoche sur les toiles de maîtres et se répand dans toute la salle.

Le sophiste au bec de médecin ramasse les deux couilles et les dépose dans la seconde urne dont Simon et Bayard comprennent alors qu’elle a été prévue à cet effet.

Simon livide, demande à son voisin : « C’est pas un doigt, le tarif, normalement ? »

L’homme lui répond que c’est un doigt quand on défie un jouteur d’un rang juste au-dessus, mais Sollers a voulu brûler les étapes, il n’avait jamais participé à aucune joute et il a défié directement le Grand Protagoras. « Alors là, c’est plus cher. »

Je me dis que peut-être Binet envoie des messages subliminaux… que ça fait rire la rive gauche parisienne…


* « La septième fonction du langage » de Laurent Binet, Grasset.

08 septembre 2015

l'expression "du coup"... ça continue !

 

expression du coup

Pour ceux qui suivent et commentent depuis près de 10 ans mon post révolté contre l’expression « du coup », un journaliste du « télégramme »  m’a signalé une thèse norvégienne, de Katerine Malm, sur ce sujet, que je mets en lien ci-dessous.

Ce tic ou toc de langage atteint maintenant toutes les catégories socio-professionnelles.

C’est une facilité de langage, une rhinocérite à la Ionesco, que nous devrions essayer d’éradiquer.

“L’objet de ce mémoire est l’expression adverbiale du coup. Nous avons observé que même si cette expression est couramment utilisée, il est difficile de décider de son interprétation dans certains contextes, et par conséquent il est aussi difficile de décider de son utilisation. De plus, nous avons l’impression qu’elle n’est pas beaucoup décrite dans la littérature linguistique. Par cette étude, nous chercherons donc à en savoir plus sur l’expression du coup…”

La suite ici : http://munin.uit.no/handle/10037/3647

10:37 Écrit par Claudine dans discussion, idiomes, langages, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | |

17 mai 2015

Les Petits Secrets de "POLYCARPE" (9)

D'Alembert, style, art, écriture

D'Alembert

Dans son livre au titre Nothombien : Le Magnétisme des solstices (Flammarion, 2013), Michel Onfray écrit, à propos du style dans le domaine de l’art :

 « Ainsi le style. Si l’on nous demande d’y réfléchir, le premier mouvement consiste à convoquer quelques formules apprises jadis sur les bancs de l’école. Surgit alors le pavlovien : « le style, c’est l’homme » inspiré de Buffon qui écrit plus exactement, dans son discours de réception à l’Académie française, le 25 août 1753 : "le style est l’homme même " »

Plus loin :

« Parlant de Fontenelle, [D’alembert] écrit dans ses Mélanges littéraires : "Il a eu, comme tous les bons écrivains, le style de sa pensée." Que peut bien signifier avoir le style de sa pensée ?  (…) Le style, en effet, c’est moins l’homme que la façon qu’aura son corps de musiquer son énergie propre. Précisons : les productions intellectuelles ne descendent pas du ciel, elles ne tombent pas toutes faites d’un empyrée où elles se trouveraient en vertu du bon vouloir des dieux qui, sous forme d’inspiration, gratifieraient tel ou tel d’un génie propre. (…) L’inspiration ne tombe pas du ciel, car elle monte d’un corps. »

Parmi les arguments hyper documentés de Michel Onfray développés dans les 38 chapitres de ce bouquin, j’y trouve à boire et à manger.

Je suis d’accord avec cette affirmation que l’inspiration ne tombe pas du ciel, je dirais qu’elle est l’effet du travail, par sérendipité… On travaille, on se remet sans cesse en cause, on recommence, on cherche et on trouve… autre chose que ce qu’on cherchait, mais en mieux… et c’est ce résultat meilleur qu’on est tenté de qualifier d’inspiré alors qu’il n’est que le produit du labeur.

Et contrairement à ce qu’on voudrait bien croire quand on débute, aucun génie n’a pu s’exempter d’apprentissage et de travail acharné.

Là où je ne suis pas d’accord avec Onfray, c’est que cette "inspiration" ne monte pas d’un corps. Certes, elle puise son énergie dans les sensations, ce qu’on voit, entend, touche, etc. Elle vient de l’univers où on vit, mais l’énergie ne fait rien sans l’intervention de la machine qui la transforme, et cette machine c’est le vécu de l’artiste. 

N’en déplaise à Michel Onfray qui conteste Freud, c’est notre inconscient (personnel et collectif) qui transforme ce pénible vécu en art. Et cet inconscient n’est pas le corps, même s’il émane de notre cerveau, il est connecté avec notre environnement présent, passé et anticipé, pour ne pas dire futur. Je suis une fervente adepte de la communication des inconscients. Or donc, l’artiste reçoit et restitue autre chose que des sensations corporelles.  

Le style, qui reflète l’auteur d’une œuvre d’art, c’est un peu le résultat d’un réglage individuel, en fonction de ce qu’il veut exprimer, de ce qu’il peut exprimer, et de ce qu’il arrive à exprimer.

Car tout l’art de l’art, c’est montrer la réalité humaine de sorte que tout le monde s’y retrouve, mais ce n’est pas toujours possible sauf à se brouiller avec les gens (je pense à Tchékhov, dont son livre de nouvelles La dame au petit chien l’a  fâché avec toutes les dames de sa connaissance, et Dieu sait que c’est un chef-d’œuvre intemporel !) Et même dans les cas où il est possible de montrer la réalité, le résultat n’est pas toujours celui qui était prévu.

C’est un sujet sensible, pour moi.

J’accorde en effet beaucoup d’importance à ma "propre authenticité" : je veux écrire au plus près de que j’ai à dire, de ce que je veux évoquer, pour pouvoir me dire dans dix ans que je n’ai nullement honte de ma phrase. J’accorde aussi beaucoup d’importance à la façon dont sera reçu le paragraphe par ceux qui le liront. Je ne veux pas que le lecteur bâille d’ennui, ni me montrer pédante ou me la « jouer » grande écrivaine…

Je jongle sans cesse entre ces deux pôles : authenticité et communicabilité.

Je donne parfois en exemple le deuxième paragraphe de mon dernier Polycarpe aux personnes qui se renseignent sur les techniques d’écriture.

Ce paragraphe, je l’ai réécrit au moins une trentaine de fois, si ce n’est plus.

Je me suis demandé pourquoi cette affaire de style était si importante pour moi. D’ailleurs, les lecteurs passent ce paragraphe sans se rendre compte de quoi que ce soit, et pourtant…

J’ai voulu rendre les perspectives, indiquer le moment de la journée sans donner l’heure, insister sur le contraste dedans/dehors, évoquer la limpidité silencieuse du crépuscule tombant sur la campagne par opposition au charivari de la salle ; Je voulais le son (les criaillements des martinets), la couleur (le coucher de soleil cuivré). Et je voulais que les encadrements de fenêtres forment comme des encadrements de miniatures montrant un paysage de collines avec un chemin s’amenuisant vers le lointain… Or, quand j’arrivais à tout insérer dans mon paragraphe qui faisait une demi-page, j’imaginais le lecteur, abordant un roman dit « policier », pressé d’entrer dans l’action, se moquant comme de l’an quarante de la vue campagnarde miniaturisé dans les ors et les verts pâles du crépuscule… et je biffais. Je poursuivais l’écriture de mon roman… pour revenir le lendemain à la première page, réécrire, rebiffer… et cela jusqu’au paragraphe définitif, où j’ai opté finalement pour une description la plus évocatrice possible dans une sobriété de mots :

Les fenêtres grandes ouvertes encadraient des perspectives champêtres cuivrées par le soleil déclinant. Une escouade de martinets, excités par l’affluence exceptionnelle, passait et repassait devant les embrasures.

 

 

19:49 Écrit par Claudine dans les petits secrets de Polycarpe, littérature, roman policier, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

12 mai 2015

Atelier d'écriture

atelier d'écriture, Croix Rouge, illettrisme

atelier d'écriture, Croix Rouge, illettrisme

J’ai animé, à une semaine d’intervalle, une rencontre d’auteur(e) puis un atelier d’écriture, organisés par l’association contre l’illettrisme (Croix Rouge). Alors que j’avais été confrontée dans ma vie professionnelle à des apprentis en CFA totalement rétifs à l’instruction du français, ces « apprenants » marocains, algériens, portugais, brésilien, etc. ont fait preuve d’un enthousiasme et d’une ardeur à dialoguer, à écrire, luttant contre leurs lacunes et leurs complexes pour progresser.

Certaines femmes font preuve de sensibilité et de délicatesse, l’une d’elle, Kani Maryam Bagag, a écrit des poésies touchantes dont celle-ci : 

Mon oiseau
Vole, mon oiseau, vole
En haut, très haut, vole

Tourne, entoure les montagnes
A côté des vallées, des cascades
Ouvre bien tes ailes
Embrasse le ciel et les nuages
En présence du soleil chante,

Et avec la brise danse !
Vole, mon oiseau, vole
En haut, très haut vole
N’oublie pas que je suis en bas
Mais mon cœur très haut est avec toi !

atelier d'écriture, Croix Rouge, illettrisme

10:28 Écrit par Claudine dans atelier d'écriture, femmes, idiomes, langages, langue, langage, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

11 avril 2015

Stephen King : confidences d'un romancier...

Stephen King, romancier, confidences, secret

« Ce qu’il y a de plus important, c’est le plus difficile à dire. Des choses dont on finit par avoir honte, parce que les mots ne leur rendent pas justice ‒ les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu’à hauteur d’hommes quand on finit par les exprimer. Mais c’est plus encore, n’est-ce pas ? Ce qu’il y a de plus important se trouve trop près du plus secret de notre cœur et indique ce trésor enfoui à nos ennemis, ce qui n’aimeraient rien tant que de le dérober. On peut en venir à révéler ce qui vous coûte le plus à dire et voir seulement les gens vous regarder d’un drôle d’air, sans comprendre ce que vous avez dit ou pourquoi vous y attachez tant d’importance que vous avez failli pleurer en le disant. C’est ce qu’il y a de pire, je trouve. Quand le secret reste prisonnier en soi non pas faute de pouvoir l’exprimer mais faute d’une oreille qui vous entende. »

Stephen King, Différentes saisons, Albin Michel 1986
(Premier chapitre de la nouvelle : « L’automne de l’innocence »)

12:03 Écrit par Claudine dans confidences, littérature, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

11 décembre 2014

Les Petits Secrets de Polycarpe (5)

écrivain, roman, humour, Reyboz

C’est en relisant « Passé imparfait » de Julian Fellows que j’ai compris ce qui fait la différence entre un bon roman [c’est-à-dire ce livre appétissant qu’on achète par gourmandise primé par les libraires, les jurys de magazines, ou encore les lycéens, voire les académies] et… un bon roman… littéraire ‒ tel que ce « Passé imparfait » de Julian Fellows ‒ du genre qui grave la comédie humaine sur les parois de la grotte, témoignage d’une humanité et non d’une classe sociale, d’un archétype humain et non d’un type lambda...  Étant entendu que le type lambda, qu’il s’agisse d’un bourgeois bohème ou d’un dealer dans le Bronx, dans certaines conditions, peut tout à fait se retrouver dans un roman littéraire… c’est compliqué.

C’est compliqué parce que le texte littéraire ne sera pas, de toute façon, proposé à la dégustation sur les gondoles, subira auparavant de nombreux refus butés d’éditeurs, comme pourraient en témoigner Proust, Gracq, Céline, ainsi que le père d’Anne Franck avec le Journal de sa fille, Margaret Mitchell (Autant en emporte le vent), Richard Bach (Jonathan Livingston le Goéland)  et J. K. Rowling (Harry Potter à l’école des sorciers)… ainsi que bien d’autres.

[Ceci dit sans acrimonie, ne vous méprenez pas. Je ne plaide pas ma cause… J’essaye seulement de décrypter le réel.]

 « On ne sait s'il y a une crise de la littérature mais il crève les yeux qu'il existe une crise du jugement littéraire », écrivait déjà Julien Gracq, en 1949, dans « La littérature à l'estomac », José Corti[1].

C’est compliqué parce que l’originalité (c’est-à-dire la différence) d’un texte littéraire est perçue d’abord comme perturbante et ennuyeuse par les comités de lecture éditoriaux, pour lesquels un roman doit avoir la fonction d’un trou de serrure par lequel ils épient les gens de leur petit monde, si possible en train de s’encanailler.

C’est compliqué, enfin, parce que les éditeurs, manipulateurs de culture, brouillent habilement les cartes en publiant vertueusement des récits d’opprimés, des témoignages poignants du Monde entier, en comparaison desquels l’éventuel chef-d’œuvre d’un concitoyen passera pour une élucubration de petit-bourge trop bien nourri. Et ces mêmes éditeurs-manipulateurs de culture poussent le bouchon jusqu’à « découvrir » des petits bijoux littéraires oubliés dans leurs archives 10, 20, 30 ans après le décès des auteurs : il n’y a pas de semaine sans une semblable découverte dans la presse littéraire.

Quoi qu’il en soit, toutes les fictions qu’elles soient ou non littéraires nous distraient et nous instruisent, en nous livrant une tranche de vie, une expérience humaine, une situation inédite ; les deux nous emportent ailleurs que dans notre petite vie : autre lieu, autre époque, autres mœurs…

Mais, selon moi, le roman littéraire est au bon roman ce que la haute-couture est au prêt-à-porter : la différence réside dans la maîtrise d’une coupe, d’un biais, d’une pince, la qualité d’une étoffe, l’ajout d’une broderie, d’une dentelle. Ce qui équivaut en littérature à la maîtrise du plan et des retours en arrière, du découpage chronologique, de l’épaisseur psychologique, l’insertion dans un contexte social, le choix d’un angle de vue, l’ajout de personnages secondaires bien campés… La différence réside enfin, et surtout, dans l’empreinte durable que le roman littéraire laisse dans notre cerveau, la marque indélébile qui fera ensuite référence dans les circonstances de notre existence.

Ces grincheux complices des éditeurs qu’on appelle les libraires modifient sans arrêt les gondoles pour présenter les meilleures ventes passées ou supputées ‒ le critère universel étant que le roman surprenne dans sa conventionalité…

Je fais ici mon Lucchini et je répète en articulant : surprenne dans sa conventionalité

Cet oxymore reflète exactement le marché du livre.

Si j’écris un jour une méthode à l’intention des pisse-copies débutants qui veulent réussir vite, je leur recommanderai de relater des relations humaines ultra conventionnelles, à coup de clichés, mais sous un angle rafraîchi, inséré dans l’époque, comme, par exemple, « La femme au carnet rouge » d’Antoine Laurin, Flammarion, 2014, le type de roman qui ne laisse aucune empreinte dans le cerveau…

C’est un exemple de « bon roman » bankable, mais non littéraire : une bluette plutôt touchante dont les personnages, bobos parisiens, sont assez falots ; le style est coulant, facile à lire, sans originalité, ni humour. Les clichés sont nombreux : Paris (valeur sûre), ses bistrots, l’inévitable ami gay, la fille qui aime son papa, les chats, aucune épaisseur sociale maladroitement compensée par l’allusion à un reporter de guerre, par un dégât des eaux…

On entend souvent parler de cliché, définissons-le : un cliché est une image ou une situation rebattue, apanage d’un groupe, d’une communauté, d’une classe sociale ; le cliché titille la fibre snobinarde, il rassure, déstresse, il renvoie au lecteur une image plutôt valorisante de la personne qu’il pourrait être, il flatte son narcissisme, c’est un artifice Pavlovien. Le cliché est l’outil d’un auteur de talent, évidemment pas celui d’un écrivain de génie qui trouve l’inspiration hors des sentiers battus.

Je m’aperçois que l’heure tourne… et je n’ai pas encore abordé l’idée qui me tient à cœur et que j’essaye d’exploiter dans mes « Polycarpe » : l’importance de l’architecture en croix du roman.

Considérez ce qui précède comme l’introduction du prochain billet… et admirez au passage l’art du suspens… hi ! hi !



[1] Anecdote symbolique : l'histoire dramatique du jeune John Kennedy Toole. Après avoir été rejeté par la quasi-totalité des éditeurs américains, le jeune homme, gravement dépressif, se suicida en 1969 à l'âge de trente-deux ans. L'éditeur Simon & Schuster avait osé qualifier son livre d'« indigent ». Comme le souligne la quatrième de couverture : « Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu'on goûte l'humour noir, c'est qu'aussitôt publié, le roman a connu un immense succès aux États-Unis et s'est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. » Le livre, traduit en dix-huit langues, a été vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires. Il est aujourd'hui considéré comme un classique de la littérature américaine. On pourrait considérer la tragédie de John Kennedy Toole comme une leçon à méditer pour les auteurs malheureux. Ceux-ci ne doivent jamais désespérer.  

14:28 Écrit par Claudine dans littérature, Livre, publications, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

16 septembre 2014

Pour en finir (?) avec l'expression "du coup"

du coup, communication, langue, langage

     « Du coup » s’installe dans notre paysage linguistique.

     Maintenant cette locution ne se réfère plus seulement à une causalité récente mais constitue à elle seule une référence : j’ai remarqué que des journalistes de BFM l’emploient pour évoquer tout ce qui s’est passé dans la vie d’un homme politique, économisant ainsi un fastidieux rappel des faits, partant du principe que tout le monde est au courant et débutent leurs commentaires par « du coup » qui prend alors une portée métaphorique…
      L’Académie Française peut avérer cet emploi, cette brave institution a tendance, ces dernières années, à introduire des mots de la rue avec un peu trop de précipitation…
     J’apporterais au débat* une nouvelle nuance pour expliquer cet emploi frénétique, je crois que nos concitoyens ont tout simplement du mal à se projeter et à anticiper.
     C’est une gymnastique douce des neurones qui consiste à faire précéder la proposition principale par la subordonnée conjonctive, ex : « comme elle arrive demain, je dois préparer sa chambre », ou « puisqu’elle arrive demain… »,  ou « parce qu’elle arrive demain… », de fait, il est plus simple de déclarer voire de claironner : « elle arrive demain, du coup je dois préparer sa chambre ! »
     
La conjonction de subordination (que, lorsque, puisque, quoique, comme, si et quand), ou une locution conjonctive (parce que, bien que…) servent à marquer qu'il existe un lien de dépendance entre une proposition et un terme de la proposition principale. Son emploi exige un tout petit apprentissage, c’est comme le vélo, le calcul mental, la nage… une fois acquis, ça ne s’oublie pas…

* Je remonte le débat des archives... Il y a plusieurs années que j'ai lancé le débat sur ce blog (le 5 septembre 2006 !) et il y a toujours des posts...

18:02 Écrit par Claudine dans discussion, idiomes, langages, langue, langage, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

31 juillet 2014

Extrait de Nouvelles et Contes, II, H. de Balzac, 1832-1850, Quarto

saché, balzac, romancier, talent, génie, maison de campagne, manoir

(La maison de Balzac, à Saché,  en Touraine)

­"- Mon Dieu ! Quel délice qu’une semblable maison de campagne ! s’écrie Caroline en se promenant dans les bois admirables qui bordent Marne et Ville d’Avray.

Et de courir comme une biche, et de redevenir la jolie, naïve, petite, adorable pensionnaire qu’elle était !... Ses nattes tombent ! elle ôte son chapeau, le tient par les brides.

     - Ça te plairait donc bien, ma chérie, une maison de campagne ? dit Adolphe en tenant Caroline par la taille et la sentant qui s’appuie comme pour montrer sa flexibilité.

- Oh ! tu serais assez gentil pour m’en acheter une ?...

La maison de campagne est une maladie particulière à l’habitant de Paris. Cette maladie a sa durée de guérison.

Adolphe achète donc la campagne, et il s’y installe avec Caroline, redevenue sa Caroline, sa Carola, sa biche blanche, son gros trésor, sa petite filles, etc.

Voici quels symptômes alarmants se déclarent avec une effrayante rapidité.

La viande est moins chère à Paris. Les fruits sont hors de prix. Avant de pouvoir récolter les fruits chez soi, où il n’y a qu’une prairie suisse environnée de quelques arbres verts qui ont l’air d’être empruntés à une décoration de vaudeville, les autorités rurales, consultées, déclarent qu’il faudra dépenser beaucoup d’argent et – attendre cinq années !... Les légumes s’élancent de chez les maraîchers pour rebondir à la Halle, mais les légumes du jardin venus sous les bâches à force de terreau coûtent deux fois plus cher que ceux achetés chez la fruitière qui paie patente.
Les primeurs ont toujours à Paris une avance d’un mois sur celles de la campagne.

De huit heures du soir à onze heures, les époux ne savent que faire, vu l’insipidité des voisins, leur petitesse et les questions d’amour-propre, soulevées à propos de rien. Alphonse remarque, avec la profonde science de calcul qui distingue un ancien notaire, que le prix de ses voyages à Paris, cumulé avec les intérêts du prix de la maison de campagne, avec les impositions, les réparations, les gages du concierge et de sa femme, etc., équivaut à un loyer de mille écus !

On convient qu’une maison de campagne, loin d’être un plaisir, est une plaie vive…

- Je ne sais pas comment on ne vend que 5 centimes à la Halle un chou qui doit être arrosé tous les jours, dit Caroline.

- Mais, répond un petit épicier, le moyen de s’en tirer, à la campagne, c’est d’y rester, d’y demeurer, de se faire campagnard, et alors, tout change…

Caroline en revenant, dit à son pauvre Adolphe :

-Quelle idée as-tu donc eu là, d’avoir une maison de campagne ?... Ce qu’il y a de mieux en fait de campagne, est d’y aller chez les autres !

Adolphe se rappelle un proverbe anglais qui dit : « N’ayez jamais de journal, de maîtresse, ni de maison de campagne ; il y a toujours des imbéciles qui se chargent d’en avoir pour vous… »

Signé : Honoré de Balzac

Balzac, saché, Touraine, écrivain

16:01 Écrit par Claudine dans art, discussion, femmes, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, publications, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

11 juillet 2014

"Théorie de la vilaine petite fille" d'Hubert Haddad

 

Un roman dont on se délecte du style.

hubert Haddad, nouvelle fiction, style, vocabulaire

Il m'est arrivé deux fois seulement de relire un livre en boucle, en reprenant au début dans la foulée, juste pour le plaisir du style, pour m'imprégner des tournures de phrases, des évocations, pour comprendre comment Haddad écrit et nous immerge dans une époque, nous emporte comme un bagage dans le temps et l'espace... et en m'obligeant à noter tous les mots inconnus de moi ou employés sous des formes adjectives ou substantives que je n'avais encore jamais rencontrées.

L'autre livre, c'était "Belle du Seigneur".

J'ai établi la liste de ces mots rares et leurs définitions que je poste sur une page de mon blog en haut à droite...

01 juillet 2014

Merci, Michel Onfray, de dire ça...

Michel Onfray balance sur Houellebecq et Angot
 
"Le problème de l'écrivain, c'est l'éditeur. Aujourd'hui un écrivain, c'est quelqu'un dont l'éditeur aura choisi le livre. C'est-à-dire bien souvent ce que les directeurs commerciaux lui auront soufflé à l'oreille. Toute la littérature plus complexe, avec un vrai style, n'est plus publiée. C'est peut-être la littérature de demain, en tout cas ce n'est pas celle d'aujourd'hui. Le livre est devenu une marchandise comme une autre, et il y a de moins en moins d'éditeurs qui font vraiment leur travail. Y compris les éditeurs qui disent "nous sommes des résistants", qui prétendent être dans une autre logique, alors qu'ils sont simplement subventionnés par le CNL et proposent une littérature aussi fausse que la première. Les vrais éditeurs, capables de prendre des risques sans céder aux sirènes de la mode, on ne sait malheureusement plus où les trouver. "
 
Lire l'article : ici

15:13 Écrit par Claudine dans art, discussion, littérature, Livre, publications, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | |

23 mai 2014

Y a pas de mal à en dire du bien !

youpi, cool, chouette, avis des lecteurs

J'avais complètement oublié que j'avais envoyé le manuscrit du"Crime de River House"au site "Nouvelles Plumes", avant sa publication, un site sur lequel les lecteurs donnent leurs appréciations.

 Exemple : mariepauleR, 50 ans, psychothérapeute donne son avis :

En une phrase:
livre très agréable à lire, avec un suspense qui nous maintient en haleine et nous fait emettre de nombreuses hypothèses... nous avons hâte de le finir!l' l'écriture est fluide et nous nous prenons très vite au" jeu" devenant "partenaire" des personnages principaux, présent avec eux sur les différents lieux d'actions ou de souvenirs...

J'ai particulièrement apprécié:
très bonne écriture; noms originaux, histoire qui mèle passé et présent dans une écriture dynamique et actuelle; personnages interessants et qui peuvent tous être les "meurtriers"!
Autres commentaires

Style littéraire:
très bien écrit (un seul "a" sans accent qui en aurait mérité un au fil des 256 pages !) alternance entre rythme "stressant" et rythme apaisant; les scènes sont très "réalistes" et l'on se projete sur le site facilement

Mon sentiment sur le titre du livre:
adapté! et correspondant au contenu

Ce que je pense des personnages:
Polycarpe, Imogène, Forban,des prénoms inimaginables!!!! mais avec des personnalités attachantes et très présentes! nous les suivons avec attention et plaisir!

Ce que je pense du thème général du livre:
il mèle passé et présent, sentiments et expériences,questionnements quant à la personne qui partage votre vie.... très interessant!

Ce livre ferait-il un bon film ?
oui, avec des acteurs qui ont une "présence" forte; les possibilités sont nombreuses et les hypothèses jamais certaines... avec en plus des sites que l'on imagine aisement.. oui, un bon film en perspective!

C'est cool, non? Il y a ainsi une dizaine d'avis super favorables...
C'est ici :http://www.nouvellesplumes.com/docs/evaluation.php?id=218...

17:45 Écrit par Claudine dans Blog, discussion, langue, langage, littérature, Livre, publications, roman policier, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

17 avril 2014

e-book ou papier? that's the bad question...

Dans les deux cas, the bad answer.

e-book, livre papier, liseuse, epubPerso, j'aime les deux, et vous?

 

 

 

Inutile de s'étriper sur ce sujet...

C'est comme le réchauffement de la planète, la gauche et la droite, les chrétiens et les musulmans... c'est toujours le besoin d'avoir raison, une histoire de cerveau reptilien, de pouvoir... y a jamais quelqu'un qui a tort et l'autre qui a raison...

On ne vit  pas dans un western !

19 juin 2013

L'aventure d'une écriture (suite)

Virginia Woolf

un certain point de vue sur l'écriture, à méditer...

 

 

Virinia Woolf, roman, romanciere, citations

 

« [...] de quoi vient ce sentiment de sécurité qui, graduellement, délicieusement, complètement, en les lisant [les grands romanciers] s’empare de nous ? [...] ils connaissent les relations des êtres humains les uns envers les autres et envers l’univers. »

« Nos [auteurs] contemporains, dit Virginia Woolf, nous affligent parce qu’ils ont cessé de croire [que les sentiments et les passions humaines sont à peu près les mêmes en tous les êtres... que la vie est d’une certaine qualité]. Les plus sincères d’entre eux écrivent sous le nom de romans des mémoires. Ils ne peuvent construire un monde parce qu’ils ne se meuvent pas librement à l’intérieur d’autres âmes. Ils ne peuvent raconter d’histoires parce qu’ils ne croient pas à la vérité des histoires. Ils ne savent plus généraliser. Ils dépendent de leurs sentiments et de leurs émotions, dont le témoignage au moins est fidèle, plutôt que de leur intelligence dont le message semble obscur »


« De sorte que si l’écrivain était un homme libre et non un esclave, s’il pouvait écrire ce qui lui plaît, non ce qu’il doit, il n’y aurait pas d’intrigue, pas de comédie, pas de tragédie, pas d’histoire d’amour, pas de catastrophe conventionnelle, et peut-être pas un seul bouton cousu comme dans les romans réalistes. La vie n’est pas une série de lampes arrangées symétriquement ; la vie est un halo lumineux, une enveloppe à demi transparente qui nous enveloppe depuis la naissance de notre conscience. Est-ce que la tâche du romancier n’est pas de saisir cet esprit changeant, inconnu, mal délimité, les aberrations ou les complexités qu’il peut présenter, avec aussi peu de mélanges de faits extérieurs qu’il sera possible. Nous ne plaidons pas seulement pour le courage et la sincérité, nous essayons de faire comprendre que la vraie matière du roman est un peu différente de celle que la convention nous a habitués à considérer. »

18:35 Écrit par Claudine dans art, discussion, femmes, langue, langage, littérature, Livre, publications, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

21 mai 2013

L'AVENTURE D'UNE ECRITURE

 

Dans le cadre des FLORILEGES CULTURELS, le 2 juin à 14 heures, j'interviens au Manoir de la Tour, à Saint-Cyr-sur-Loire sur le thème : "L'AVENTURE D'UNE ECRITURE".

Vous trouverez dans la rubrique "pages" ci-contre la totalité de l'intervention dont voici, ci-dessous, l'introduction.

salon, livres, saint-cyr-sur-loire

Nous devons à Jean Ricardou dans Pour une théorie du Nouveau roman, essais, Seuil, collection « Tel Quel », Paris 1971,  cette figure littéraire appelée chiasme : « le nouveau roman n’est plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture ».

Remettons cette phrase dans son contexte des années 70 où on brûlait symboliquement les œuvres antérieures, on faisait « table rase » du passé -  je le sais : je lisais « Tel Quel » ; c’était Fahrenheit 451 (de Ray Bradbury publié en 1953). Au bûcher Flaubert, Balzac... et tous les auteurs dits « bourgeois » !

Comme toujours, les théories les plus radicales s’émoussent heureusement avec le temps : le roman traditionnel non seulement n’a pas disparu mais reste prisé des lecteurs, publié par les éditeurs, commenté dans les cafés littéraires et bien présent sur les rayons de bibliothèques.

 « L’écriture est une aventure » parce qu’écrire est une exploration, l’écrivain part en terra incognita sur la page blanche.

Quand l’explorateur Christophe Colomb est parti vers l’Inde, il ne savait pas qu’il découvrirait l’Amérique. Ce phénomène de sérendipité est inhérent à la création littéraire (sérendipité : découverte de quelque chose par accident et sagacité alors que l'on est à la recherche de quelque chose d'autre) : à condition de souquer ferme : ce n’est pas en écrivant ce qui passe par la tête, n’importe comment, qu’il se produira des découvertes miraculeuses et que nous aborderons les rivages de l’art littéraire.

La littérature est une écriture raisonnée.

Mais l’écriture n’est pas raisonnée en soi ; elle l’est en tenant compte des lecteurs pour lesquels l’auteur écrit, elle l’est par rapport à la façon dont les lecteurs vont recevoir le récit. Si j’écris un roman historique ou Harry Potter ou si j’inclus ou non du porno dans mon roman, je toucherais un lectorat ou un autre : les fous de lecture, les liseurs désinvoltes, les lecteurs snob, les érudits ?

En choisissant un genre de littérature, l’écrivain sélectionne un certain lectorat.

Objet lisible / œuvre littéraire

La littérature propose au lecteur de vivre sur le mode imaginaire une expérience qu'il ne pourrait pas vivre dans la réalité.

L’art d’écrire, c’est être capable de rendre cette expérience vraisemblable.

C’est plus qu’un savoir-faire, qui ferait de la littérature un travail d’artisan d’art, mettant en œuvre un certain nombre de procédés transmis d’une génération à l’autre. L’objectif de la transmission d’un savoir-faire étant justement d’éliminer l’aventure. Pour composer une œuvre littéraire, le savoir-faire est nécessaire mais pas suffisant.

Si vous avez appris toutes les techniques, vous ferez peut-être un objet lisible et pourquoi pas plaisant, mais vous n’aurez pas fait une œuvre littéraire.

 ... à suivre dans la colonne "pages" ...

02 février 2013

LE HIP TCHATCHE DE « ELLE »

ELLE

Dans  le « ELLE » n° 3499,  des mots, des figures de style et des expressions en anglais « customisé » constituent, me semble-t-il, l’idiome (parler spécifique à une communauté, Le petit Robert) de la branchitude.

Ce parler "écrit" crée la connivence entre les jolies jeunes femmes chic et riches (ou supposées telle) ; il nous suggère avec humour de l’adopter pour devenir membre de cette élite ; il nous fourre dans le crâne qu’être civilisé, c’est être snob.

Quelques exemples :

- la hype de l’expat’ 

- l’atout du style look 

- c’est classy 

- le néo-perf 

- un slim gentillet 

- grungy 

- gipsy bling 

- se faire un joli glow   l’ultra-glam 

- des vagues de glam 

- la chic attitude 

- after-party ;

- rétro-futuriste 

- must have 

- bottines so en hauteur 

- écouter les playlists 

- lipstick assorti 

- textures ultra-cocooning 

- les couples french kiss, french toast, french lib’ 

it bag # le contraire du sac qui s’installe dans la durée 

- collections pink-shocking 

- les packagings font du bien à la déco 

- un site extra pour booker en ligne un soin beauté 

- racines [de cheveux] plaquées-glossées 

- meilleurs tutos pour un maquillage

- blouson en jean vert Big Apple [qui] dédramatise de look 

- le glam et le strass sont en after toute la journée 

- le cuir est le signe du casual par excellence 

- oui au perf python avec top filet, yes au perf à épaules XXL 

- micro-short bubble-gum 

- des looks terriblement synchrones 

- se positionne dans le segment maquillage 

- une peau pulpy.

Idée pour le prochain atelier d'écriture : composer un poème-centon à partir de ces expressions... Avis aux amateurs !

 

18:18 Écrit par Claudine dans discussion, idiomes, langages, langue, langage, publications, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | |

14 août 2012

Dédicaces imminentes ou prochaines...

Je dédicacerai mes "POLYCARPE" et mon dernier livre publié "AMOURANTE BULLE" (Conte Poétique)  :

- Vendredi 17 Août  sur le marché nocturne de LANGEAIS 37, de 18 h à 23 h
- Dimanche 26 Août à LA FORÊT DES LIVRES (initiée par Gonzague Saint-Bris) à CHANCEAUX PRES LOCHES, Indre et Loire, de 10h à 19h
- Samedi 8 Septembre lors de la Journée des écrivains de Touraine, à AMBOISE (Indre et Loire), sur le mail devant la maison de la Presse à partir de 10 h 30
- Samedi 6 octobre, j'anime un atelier d'écriture à la Médiathèque François Mitterrand, près du beffroi à TOURS-NORD, Indre et Loire, à partir de 14 h 30
- Mardi 9 octobre, j'anime une conférence à la médiathèque François Mitterrand précitée, sur le thème du "Roman policier", à partir de 18 h 30
- Samedi 15 Décembre, rencontre avec mes lecteurs, à la Médiathèque de CHAMBRAY-LES-TOURS (Indre et Loire) à partir de 15 heures.

15 mai 2012

Président « normal »... Attention : danger ! Le mot est suspect.

 normalité, folie, totalitarismeOn n’entend plus que cela sur les ondes, depuis les élections du Président de la République. Et je m’étonne qu’aucun journaliste ne tique ! Je suis d’une génération qui, dans le sillage de Foucault, a remis en cause la notion de « folie » qui désignait trop facilement les individus différents, artistes, homosexuels, etc. Je suis d’une génération qui a appris grâce à Soljenitsyne que les Goulags étaient remplis de gens taxés de dérangements psychiatriques parce qu’ils étaient lucides et contestaient la normalité dominante...

Jamais nous ne nous serions autorisés à qualifier une personne de normale parce qu’en creux, cela révèle la folie de l’autre.

Cette nouvelle mode du « normal », c’est plus que louche. Vous ne trouvez pas ? C’est, au minimum, une injure qui ne s’assume pas.

Je pourrais reproduire ici de belles citations piochées sur Wikipédia, mais je me contente de dire ici ma trouille que nous nous retrouvions cernés par des gens brandissant ce critère totalitaire de la normalité...

Je suis consternée de voir les contestataires de naguère brandir cette idéologie de l’homme normal... S’en vanter, l’ériger en valeur que relaye les médias...

J’espère que vous êtes comme moi, indignée !

09:58 Écrit par Claudine dans bizarreries, Blog, langue, langage, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |