14 août 2012
Dédicaces imminentes ou prochaines...
Je dédicacerai mes "POLYCARPE" et mon dernier livre publié "AMOURANTE BULLE" (Conte Poétique) :
- Vendredi 17 Août sur le marché nocturne de LANGEAIS 37, de 18 h à 23 h
- Dimanche 26 Août à LA FORÊT DES LIVRES (initiée par Gonzague Saint-Bris) à CHANCEAUX PRES LOCHES, Indre et Loire, de 10h à 19h
- Samedi 8 Septembre lors de la Journée des écrivains de Touraine, à AMBOISE (Indre et Loire), sur le mail devant la maison de la Presse à partir de 10 h 30
- Samedi 6 octobre, j'anime un atelier d'écriture à la Médiathèque François Mitterrand, près du beffroi à TOURS-NORD, Indre et Loire, à partir de 14 h 30
- Mardi 9 octobre, j'anime une conférence à la médiathèque François Mitterrand précitée, sur le thème du "Roman policier", à partir de 18 h 30
- Samedi 15 Décembre, rencontre avec mes lecteurs, à la Médiathèque de CHAMBRAY-LES-TOURS (Indre et Loire) à partir de 15 heures.
16:26 Écrit par Claudine dans art, association, Blog, contes et légendes, discussion, femmes, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, publications, roman policier, salons et dédicaces, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Facebook | | Imprimer | |
21 mai 2012
Hé ! Est-ce que tout le monde roupille sur hautetfort ?
Allez faire un tour sur Touraine media.com...
Quelques réactions au post précédent..
C'est ici : http://www.tourainemedia.com/2012/05/15/president-%C2%AB-normal-%C2%BB-attention-danger-le-mot-est-suspect/
23:01 Écrit par Claudine dans discussion, langue, langage | Lien permanent | Commentaires (3) | Facebook | | Imprimer | |
15 mai 2012
Président « normal »... Attention : danger ! Le mot est suspect.
On n’entend plus que cela sur les ondes, depuis les élections du Président de la République. Et je m’étonne qu’aucun journaliste ne tique ! Je suis d’une génération qui, dans le sillage de Foucault, a remis en cause la notion de « folie » qui désignait trop facilement les individus différents, artistes, homosexuels, etc. Je suis d’une génération qui a appris grâce à Soljenitsyne que les Goulags étaient remplis de gens taxés de dérangements psychiatriques parce qu’ils étaient lucides et contestaient la normalité dominante...
Jamais nous ne nous serions autorisés à qualifier une personne de normale parce qu’en creux, cela révèle la folie de l’autre.
Cette nouvelle mode du « normal », c’est plus que louche. Vous ne trouvez pas ? C’est, au minimum, une injure qui ne s’assume pas.
Je pourrais reproduire ici de belles citations piochées sur Wikipédia, mais je me contente de dire ici ma trouille que nous nous retrouvions cernés par des gens brandissant ce critère totalitaire de la normalité...
Je suis consternée de voir les contestataires de naguère brandir cette idéologie de l’homme normal... S’en vanter, l’ériger en valeur que relaye les médias...
J’espère que vous êtes comme moi, indignée !
09:58 Écrit par Claudine dans bizarreries, Blog, langue, langage, sens des mots | Lien permanent | Commentaires (4) | Facebook | | Imprimer | |
21 avril 2012
Le Post de REMI SHULZ* sur mes POLYCARPE et MON POULPE
Mon commentaire à la rubrique "pages", en haut de colonne de droite : ci-contre --->
18:12 Écrit par Claudine dans art, bizarreries, Blog, contes et légendes, insolite, Jeux, joke, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, publications, roman policier, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : perec, baleine, poulpe, nombre d'or | Facebook | | Imprimer | |
05 avril 2012
Le roman policier, hier et aujourd'hui... (3)
Pour le troisième volet du petit feuilleton culturel consacré au roman policier, je cite John Curran, l’auteur de l’ouvrage paru en 2009 au Masque : Les carnets secrets d’Agatha Christie. John Curran a été autorisé par Mathew Prichard, petit-fils de la romancière, à découvrir et à exploiter ces carnets encore inaccessibles au public.
John Curran évoque ainsi l’âge d’or de cette littérature :
« C’était l’époque des week-ends en maison de campagne animés par la présence d’un assassin, de la petite bonne qui témoignait d’une voix nasillarde, de la pelouse enneigée sans la moindre trace de pas et du policier dépassé quémandant l’assistance du détective amateur perspicace. L’ingéniosité atteignit de nouveaux sommets avec l’embolie fatale provoquée par une seringue hypodermique vide, le timbre-poste empoisonné et le poignard glaçon qui s’évapore après usage (...) Les lecteurs en vinrent à connaître intimement les propriétés de l’arsenic, les subtilités des indicateurs de chemin de fer et les arcanes du Legitimacy Act de 1926. Le Collins Crime Club et le Detection Club furent fondés ; Ronald Knox fit paraître les Dix Commandements du Roman Policier et S.S. Van Dine écrivit ses fameuses Règles.
Et Agatha Christie publia La Mystérieuse Affaire de Style (Son premier roman) qui débutait par cette phrase de défi :
« Je parie que tu n’es pas capable d’écrire un bon roman policier. »
Comme l’écrivait jean Cocteau dans sa préface du Mystère de la chambre jaune :
« Il n’y a pas de génie, il n’y a que des preuves de génie »
12:20 Écrit par Claudine dans art, Blog, femmes, feuilleton, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, roman policier | Lien permanent | Commentaires (0) | Facebook | | Imprimer | |
31 mars 2012
C'est pas mignon, ça ?
Transféré sur mon mail par une amie...
- "Coucou. Je pense a toi en savourant le premier livre de Polycarpe Houle... Je me regale! Merci de cette decouverte."
- "Suis ravie...et Claudine CHOLLET, l’écrivaine et avec qui j’ai participé à deux ateliers écriture (à la médiathèque) va être ravie également...que son Polycarpe Houle te plaise..."
Tiens, pardi !!!
18:47 Écrit par Claudine dans art, association, femmes, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, publications, roman policier, salons et dédicaces | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sourire | Facebook | | Imprimer | |
19 mars 2012
Le roman policier, hier et aujourd’hui (II)
Après les feuilletons populistes et les nouvelles criminelles de la fin du 19e siècle, le genre policier s’installe sur ses fondations au début du 20e siècle, c'est-à-dire qu’il va se construire sur deux vrais romans (L’Arrestation d’Arsène Lupin en 1905 de Maurice Leblanc et Le Mystère de la chambre jaune en 1907 de Gaston Leroux). Ces deux œuvres sont à l’origine d’une littérature extrêmement populaire que l’intelligentsia ne cessera de mépriser jusqu’au retournement idéologique – et excessif – des années 70-80 (sur lequel nous reviendrons).
Quelle époque prolifique pour le genre policier que la première moitié du 20e siècle ! Au point de donner naissance à deux collections mythiques : en 1927, Pierre Pigasse lance Le Masque et, en 1945, Marcel Duhamel lance La Série Noire.
L’originalité, la trouvaille du genre – ce qui en assure d’ailleurs la pérennité et permet la connivence entre auteurs – consistent à créer des héros surdoués : « Anderson, vous pourriez vous taire ? Vous faites chuter le QI de tout le quartier… » dixit Sherlock Holmes...
Nous pouvons affirmer que Doyle, Leroux, Leblanc, puis Léo Malet ou Agatha Christie, entre autres, trouvent ainsi un exutoire jubilatoire à l’exercice de leurs neurones performants d’écrivains de romans policiers.
Mais, pour rester sympathiques, leurs héros exercent leurs brillantes aptitudes (raisonnement rapide, intuitions psychologiques fulgurantes, esprit de déduction) sous des apparences un peu ridicules. Leurs défauts doivent atténuer leur supériorité mentale, ainsi :
– Auguste Dupin est un bizarre noctambule,
– M. Lecoq a des fantasmes de bandit,
– Prosper Lepicq est un paresseux à tête de hibou,
– Sherlock Holmes est un cocaïnomane hyperactif,
– Hercule Poirot est un insupportable maniaque aux moustaches cirées,
– Arsène Lupin est en proie au doute et schizophrène.
– Nestor Burma est alcoolo tendance lubrique,
– l’Imogène d’Exbrayat est une surexcitée qui déclenche des catastrophes,
– Jane Marple, est une tricoteuse compulsive et cancanière,
– Et tutti quanti... ;-)
Les inoubliables personnages ci-dessus sont devenus plus célèbres que leurs créateurs. Leurs "inventeurs" disparus, ces personnages subsistent dans la mémoire collective comme nos ancêtres communs.
Et les années passant, voire des décennies ou même un siècle, ces personnages se fondent dans la foule des personnes ayant vraiment existé, ont une biographie vraisemblable, suscitent l’intérêt des blogueurs au même titre que de regrettés peoples, et donnent lieu à de nombreuses adaptations télévisées ou des films, malgré la mode de la science-fiction et de la "fantasy"...(Après 211 films et séries, interprétés par 75 acteurs différents, Sherlock Holmes est le personnage le plus utilisé dans l’histoire du cinéma).
Les personnages que l’artiste a fabriqué avec de la matière humaine ont pris chair et, s’incrustant dans notre mémoire collective, notre généalogie, notre culture, ils deviennent notre propre métaphore.
Grâce à eux, nous gagnons tous un peu de leur immortalité.
Pour ma part, à l’instar de mes illustres prédécesseurs, sous des apparences de pépère mal fringué et soupe au lait, j’ai pourvu mon héros Polycarpe d’un QI de surdoué sinon, comment pourrait-il exhumer des crimes parfaits, sans preuve et parfois anciens ? J’ai écrit dans le 5e volume que « Polycarpe n’était pas un mortel commun », parce qu’il ne raisonnait pas comme le commun des mortels...
Je confirme que c’est très relaxant de pousser devant soi son personnage principal, avec les défauts de ses qualités, en faisant mine de n’y être pour rien.
15:58 Écrit par Claudine dans art, langue, langage, littérature, Livre, Loisirs, publications, roman policier | Lien permanent | Commentaires (0) | Facebook | | Imprimer | |
07 mars 2012
Le roman policier, hier et aujourd'hui... (1)
Edgar Alan Poe & Emile Gaboriau
La littérature criminelle prend chaque année plus d’ampleur. Elle représente 20% des ventes de livres et le « top policier », c'est-à-dire les 200 meilleures ventes de l’année, condense 60% du chiffre d’affaires de la librairie. Selon la revue Lire : « En ce début du XXIe siècle, un peu plus de 60 éditeurs affichent près de 80 collections polar ».
Ce qu’on nomme le « roman policier » réunit plusieurs genres allant du roman à énigmes au thriller en passant par le polar. En fait, l’évolution du roman dit « policier » suit celle de la société, comme toute la littérature.
La naissance du journalisme et celle du roman policier sont concomitantes : les premiers journaux publiaient des feuilletons et ces feuilletons prolongeaient le réel des infos par la fiction. Ainsi la curiosité des lecteurs pour le fait divers trouvait son compte dans les détails inventés par les romanciers.
L’Angleterre, la France et les Etats-Unis sont les pionniers en matière de romans policiers.
Edgar Allan Poe est le premier auteur du genre avec Le double assassinat de la rue Morgue publié en 1841. Dans cette première intrigue, comme chacun sait, le tueur est un grand singe et les témoins parleront d’un dangereux individu baragouinant l’anglais ! Le Britannique Edgar Alan Poe choisit comme par hasard un enquêteur – Auguste Dupin – issu d’une vieille aristocratie française et situe ses investigations en plein Paris.
En France, Émile Gaboriau inaugure le genre policier avec la non moins célèbre Affaire Lerouge publiée en 1865, résolue par M. Lecoq, agent de la sureté... personnage inspiré du véritable Vidocq...
L’humour, qui affleure en permanence dans ces récits, constituera un des critères du genre.
Chercheuse à l’Université de Picardie, Isabelle Casta, a fait une thèse sur le roman policier et met en évidence « l’intertextualité ludique qui donne son cachet, sa griffe inimitable, au genre »
Ainsi, chaque auteur intègre dans son roman, un nom, une technique, inventé par ses prédécesseurs, c’est un clin d’œil aux récits de ses confrères. Rien que les deux premiers exemples cités en fournissent des exemples : Auguste Dupin inspirera le nom d’Arsène Lupin. Gustave Le Rouge, l’auteur du Mystérieux Docteur Cornélius, donnera à Gaboriau le titre de son Affaire Le rouge et à Conan Doyle celui son Étude en rouge. Conan Doyle lui-même vouait un véritable culte à la stratégie énigmatique de Gaboriau et qui ne connaît le personnage d’Herlock Sholmès, ennemi de Lupin, dans l’Aiguille creuse ? Plus près de nous, Fred Kapak réunit avec ironie des nouvelles noires tirées au cordeau sous le titre de Qui a tué Ed Garpo ?
Pour ma part dans mes « Polycarpe » je poursuis non sans jubilation cette tradition : la marchande de miel psychanalyste Imogène Dupin emprunte son prénom à Exbrayat et son nom à Edgar Poe. Bien d’autres clins d’œil émaillent ma série policière... (à suivre...)
09:20 Écrit par Claudine dans art, feuilleton, langue, langage, littérature, Livre, publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman policier, edgar poe, gaboriau, maurice leblanc, gaston leroux | Facebook | | Imprimer | |
21 février 2012
Du Poulpe à Polycarpe Houle... via le Polikarpov... Oulp !
Quelqu’un me croira-t-il si j’affirme que je viens seulement de réaliser que le Polkarpov est un avion mythique du nom de son constructeur (1933) et que c’est l’avion que Gabriel Lecouvreur, dit « Le Poulpe » fantasme plus qu’il ne le retape ?
« Polikarpov, petit et ventru avion à hélice qu'il avait vu dans toutes ces bandes d'actualité sur la Guerre d'Espagne, l'avion des républicains, que Malraux avait peut-être flatté de la main, et dont Durruti avait dû espérer plusieurs fois entendre le bruit caractéristique du moteur. Car ce petit zinc, maniable, costaud, faisait un tel potin que les républicains l'appelaient "la mosca" et que ces enfoirés de fascistes nommaient "la rata". » J.B. Pouy, Le poulpe n°1.
Ceux qui me lisent n’auront aucun mal à me croire si j’affirme que j’ai écrit un Poulpe (Un petit lapsus très suspect n°228/141) sans m’intéresser aux avions et qu’au cours de mes lectures, j’avais zappé l’attirance virile des héros de papier pour les avions ?
De fait, j’ignorais qu’un avion portait ce nom.
Par conséquent, je n’ai nullement pensé à ce Polikarpov de légende quand j’ai cherché un nom à mon personnage de série : Polycarpe Houle... J’ai même trouvé drôle, sans plus, qu’un bar de Marseille porte cette enseigne !
Et pourtant, sans le Poulpe, pas de Polycarpe puisque c’est une déferlante de coïncidences qui m’a conduite à écrire ma série de Polycarpe. Ce que j’écrirai dans le détail un jour...
Hasards, coïncidences ou réminiscences ?
Bizarrement, c’est aujourd’hui que ça se produit... parce que les recherches de Rémi Schulz (http://remi.schulz.perso.neuf.fr/813/baleine.htm) sur le nombre d’or m’ont fait découvrir une cascade de coïncidences/hasards concernant mon Poulpe... et mes Polycarpe.
C’est fou, la vie, non ?
19:59 Écrit par Claudine dans art, contes et légendes, insolite, Jeux, langue, langage, les petits secrets de Polycarpe, Livre, publications | Lien permanent | Commentaires (1) | Facebook | | Imprimer | |
10 février 2012
Interviews "atelier d'écriture"
David Gasselin, reporter à Radio-Active d’Amboise (37400), m’a transmis les deux enregistrements qu’il a réalisés samedi dernier avant et après l’atelier d’écriture à la médiathèque Aimé Césaire
Cliquez sur les postcast:
Je remercie tous les participants de cet atelier. Leurs « œuvres » sont autant de petites nouvelles touchantes ou espiègles que je propose de rassembler et de compiler, pour ceux qui le souhaitent...
Et, maintenant, je compte sur vous tous, demain, samedi 11 février, 15 heures, pour la rencontre-dédicace à la Médiathèque d’Amboise.
16:48 Écrit par Claudine dans art, Blog, interviews, Jeux, langue, langage, Livre, Loisirs, publications, salons et dédicaces | Lien permanent | Commentaires (2) | Facebook | | Imprimer | |
30 janvier 2012
INVITATION
Tous renseignements : ici
Article NR sur l'atelier d'écriture du samedi 4 février en lien ci-dessous
11:21 Écrit par Claudine dans art, Blog, interviews, langue, langage, Livre, Loisirs, publications, salons et dédicaces | Lien permanent | Commentaires (2) | Facebook | | Imprimer | |
23 janvier 2012
À NOTER DANS VOS AGENDAS...
- ATELIER D'ÉCRITURE :
Médiathèque Aimé Césaire d'Amboise,
samedi 4 février à 14 h 30.
J'animerai l'atelier d’écriture, de 14 h 30 à 17 h, samedi après-midi. Tous ceux et toutes celles qui ont ressenti un jour une petite démangeaison plumitive sont les bienvenu(e)s.
Le thème de l'atelier : donner la vie à un personnage...
Il s’agira de composer un texte, en procédant par étapes ludiques et dans le respect de certaines contraintes qui, paradoxalement, aident à la création ! Cette méthode produit des petits bijoux littéraires qui pourront être lus et commentés avec bienveillance par le groupe.
- RENCONTRE - DEDICACE :
Médiathèque Aimé Césaire d'Amboise,
samedi 11 février à 15 h.
J'aborderai les questions suivantes :
- vocation d'écrivain,
- processus de création,
- l'histoire du roman policier,
- les auteurs qui m'ont influencée,
- réflexions sur l'art et l'artisanat de l'écriture,
- anecdotes diverses...
- etc.
10:25 Écrit par Claudine dans art, Blog, interviews, langue, langage, Livre, Loisirs, publications, salons et dédicaces | Lien permanent | Commentaires (1) | Facebook | | Imprimer | |
10 janvier 2012
LES CONTES DE POLYCARPE : Le Gué Renviens (3e conte)
J'ai extrait du tome IV ( POLYCARPE, LE NOMBRE D'OR) trois anecdotes inventées pour illustrer l'histoire du village, composées sous forme de contes, dans "l'esprit" du Décaméron. C'est à dire de façon imagée et burlesque qui décrit avec empathie les pitoyables humains...
troisième conte
LE GUÉ RENVIENS
Des dialogues décousus s’échangeaient autour de la table. Un moment, il fut question des sites sacrés et de la légende de Frère Prosper. Basile raconta, pour ceux qui ne la connaissaient pas, la version originale de Max. Des applaudissements saluèrent le conteur et l’inventeur de la légende.
− Vous devriez faire profiter tous nos amis de la légende du Cheval mort, dit Polycarpe.
− Non, non, se défendit le centenaire. C’est trop long, je n’ai pas assez de souffle. Avez-vous écouté celle que j’ai enregistrée sur le magnéto ?
− Le gué de Renviens ! Oui, oui. C’est captivant.
− Raconte, raconte ! implora Zorba.
− Max, s’il vous plait, on adore vos histoires, l’encouragea Lily.
− Allez, Max, ne vous faites pas prier, insista Basile.
− Bon, chevrota Max, si vous y tenez.
− Parle à ton rythme, nous avons la vie devant nous, lui chuchota son optimiste épouse.
Les convives s’accoudèrent, tout ouïe. Zorba se précipita sur les genoux de son grand-père. Le silence n’était interrompu que par quelques stridulations de pipits.
Il faut s’imaginer au début du XVIIIe siècle, commença-t-il. Cette histoire dont la fin étrange ne fut jamais vraiment élucidée, s’est déroulée ici, à Rochebourg. Vous connaissez tous la maison qui porte encore le nom de “L’huilerie” : elle abritait, à ce moment-là, le moulin à huile de la paroisse.
Maître Jehan Coulefin, patron huilier de père en fils, était flanqué six mois durant d’un commis surnommé Casse-noix, chargé de séparer les amandes des coques, lequel se louait au maréchal-ferrant le reste de l’année. Ce notable aisé avait été séduit par une belle rousse gironde qui lui faisait des yeux de velours mais louchait en réalité sur sa fortune. Une fille, prénommée Anastasie, naquit quelques mois seulement après leurs noces, scellant définitivement une bien malheureuse union.
Les années passant, la fillette devenait de plus en plus gracieuse tandis que l’épouse se métamorphosait en énorme matrone acariâtre. Asthmatique, elle ne pouvait plus dormir autrement qu’assise et son obésité la clouait sur son fauteuil également la journée. Coulefin compensait cette union désastreuse en vouant à sa fille une véritable adoration.
Il s’occupait aussi de quelques fermières des environs, mais passons.
Anastasie était son rayon de soleil, sa joie de vivre, ce que son acrimonieuse épouse, aigrie et jalouse, lui faisait payer en poussant des cris à casser la tête et en lançant des ordres, enrageant de n’être pas obéie au doigt et à l’œil. Elle s’empoisonnait le sang de ne pouvoir obtenir de Coulefin l’allégeance absolue.
L’argent était la seule chose qui la calmait et la consolait, aussi son mari lui confia-t-il les comptes de l’huilerie pour avoir la paix. Elle comptait et recomptait les pièces d’or, les faisait couler dans ses mains, caressait les lingots, entrait en extase à la pensée de sa richesse. Si bien que Coulefin conçut une sorte de siège coffre-fort sur lequel l’épouse trônait, nuit et jour, comme une poule qui couve ses œufs.
Or, un jour, deux brigands firent irruption dans l’huilerie, saucissonnèrent Coulefin et entreprirent de lui griller les orteils pour lui faire dire où se trouvait sa fortune. Alors qu’il était sur le point de révéler l’astucieuse cachette aux chauffeurs affairés à le torturer, la maritorne quitta son coffre-trône et, saisissant les maillets destinés à casser les noix, leur asséna des coups sur la tête propres à assommer un bœuf. Puis elle les ligota et libéra Coulefin. Avait-elle agi ainsi pour sauvegarder son époux ou son or ? Nul ne le saura jamais car toutes ces émotions lui furent fatales. Le cœur lâcha. Morte, elle se répandit sur le sol comme de la gelée de veau. En attendant, elle avait sauvé la fortune de l’huilier.
Anastasie devint une jeune fille merveilleuse. Riche, jolie et savante, elle savait également tenir une maison à la perfection. De nombreux clients et fournisseurs avaient l’occasion de l’apercevoir, lisant sur le balcon, brodant dans son petit jardin, ou l’entendaient chanter et jouer de la musique. Avec eux, elle échangeait facilement quelques mots, joyeux et candides.
Pour Coulefin, Anastasie était toujours sa petite fille qu’il ne voulait pas voir grandir. Jusqu’au moment où elle fut invitée à son premier bal. Il refusait d’admettre que son adorable trésor était en âge de se marier. Il ne pouvait même pas imaginer la maison sans elle, sans ses rires et son joyeux babil. Il subtilisa les invitations, éconduisit les nombreux partis. Lorsqu’un jeune prétendant, Fortunio Fromentin, auquel il trouva l’air complètement idiot, eut le culot de demander la main de sa fille et d’insister, Coulefin fut pris d’une rage folle et le chassa à coups de bâton. Il ignorait que ce jeune homme et Anastasie se connaissaient depuis plusieurs mois.
En apportant sa cargaison de fruits à l’huilerie, l’automne passé, Fortunio avait aperçu Anastasie et ressenti un vrai coup de foudre. Pour la revoir, il avait proposé à tous les paysans de porter leurs noix au moulin. Les jeunes gens s’étaient parlé et − oh, merveille ! − avaient découvert qu’ils avaient exactement les mêmes goûts, les mêmes avis, les mêmes envies. Et depuis, quand Fortunio venait chercher son contingent d’huile, grâce à la complicité de Casse-noix qui faisait le guet, les jeunes gens flirtaient dans le pailler.
Lorsque Coulefin surprit les amoureux, il cloîtra sa fille dans sa chambre et fit poser des barreaux aux fenêtres. Anastasie, qui avait été une enfant docile et aimante, se mit à détester ce père possessif. Elle inventa un stratagème pour le tromper et retrouver Fortunio. Contre quelques pistoles, elle obtint de Casse-noix qu’il reproduise chez son maréchal-ferrant un double des grosses clés de son appartement. Ainsi, Fortunio se laissait enfermer dans la soue, l’ancien abri à cochons depuis longtemps désaffecté et, muni de la copie des clés, il se glissait la nuit dans le lit d’Anastasie.
Le jour arriva enfin où les jeunes gens décidèrent de vivre leur vie. Anastasie était résolue à quitter cette maison devenue sa prison. Fortunio avait trouvé la chaumière où abriter leur amour et un emploi de palefrenier dans un relais de poste. Anastasie écoula discrètement ses affaires et quelques petits objets auxquels elle tenait beaucoup dans les charrettes des fournisseurs. Elle comptait naïvement sur la complicité de Casse-noix.
Vous vous doutez que ce commis vénal n’avait pas trouvé mieux, pour doubler la mise, que vendre la mèche en prévenant Coulefin. Celui-ci, aveuglé par le dépit d’avoir été trompé, n’éprouvait plus aucune pitié pour cette fille adorée qu’il aurait préféré voir morte plutôt que libre. Il laissa la fuite s’organiser pour les surprendre le moment venu. Il facilita même les choses en graissant la patte de Casse-noix pour “oublier” les clés sur les portes. Le commis reçut une somme aussi élevée de la main d’Anastasie pour la même mission.
La nuit du départ, Fortunio enroba les sabots de son cheval avec des haillons pour arriver silencieusement à l’huilerie. Anastasie, enveloppée d’une cape sombre, sortit dans la ruelle et, soulevée par Fortunio, monta en croupe pour la première fois de sa vie.
Voilà nos deux amoureux en route, au petit trot, vers leur destinée. Ils devaient longer la rivière jusqu’au petit pont de madriers qui se trouve près de chez Flora.
Mais soudain, un bruit effrayant de galopade et de ferraille les alerta. La nuit était assez claire pour distinguer les poitrails brillants de deux montures qui semblaient fondre sur eux à la vitesse de la lumière, chevauchées par des cavaliers noirs et masqués. Coulefin avait engagé deux spadassins pour leur barrer la route et, si nécessaire, les éliminer.
Que faire ? Devant eux la rivière profonde était infranchissable. À cet endroit, le courant était vif. Qu’ils s’enfuient en aval ou en amont de la rive, les hommes à leurs trousses les rattraperaient comme l’éclair. Le cheval de Fortunio se cabrait, hennissait, sentant le danger. Ils étaient perdus.
C’est alors qu’une chose se produisit, vraiment incroyable sous les yeux épouvantés des poursuivants dont les montures pilèrent d’effroi. La foudre venue de nulle part crépita sur la rivière et les eaux se séparèrent. Le cheval de Fortunio fit une volte gracieuse puis caracola dans le lit de la rivière qui, lorsqu’ils furent de l’autre côté, reprit son cours normal.
Qu’à cela ne tienne, les tueurs à gages empoignèrent leurs arquebuses, visèrent les cavaliers, tirèrent. Et là, second miracle, le cheval et les amoureux en selle, comme une bulle qui éclate, disparurent instantanément.
On dit que le soulèvement du fond du lit qui forme à cet endroit comme une minuscule île permettant de passer à gué s’est constitué à cette occasion.
Les deux sbires ne demandèrent pas leur reste et galopèrent jusqu’aux confins du royaume. Mais la rumeur de cette aventure surnaturelle revint au pays et aux oreilles de Coulefin qui en perdit la raison. Tous les jours, jusqu’à la fin de sa vie, il se rendait à l’endroit de la rivière où sa fille avait disparu et il l’appelait lugubrement :
« Anastasie ! Renviens-toi ! Renviens-toi ! »
Depuis cet endroit fut baptisé le gué de Renviens.
Quant à nos amoureux, la légende prétend qu’ils se sont bel et bien retrouvés sains et saufs à quelques lieues de là, que Fortunio a fait de bonnes affaires et qu’ils eurent une nombreuse descendance. D’après les registres de la paroisse, chaque fille aînée de la lignée se prénomme Anastasie. Et la dernière aurait émigré… à La Réunion. Dit-on.
Cette chute sur mesure tira des exclamations ironiques et des applaudissements crépitèrent.
Polycarpe alla chercher de l’eau fraîche pour le centenaire dont les yeux pétillaient de malice. Alors qu’il se penchait vers le conteur pour lui verser de quoi se désaltérer, ce dernier lui susurra :
− Excusez-moi, cher ami, d’avoir renoncé au récit du Cheval mort, mais il y a des détails que Pélagie ignore encore. Elle ne sait toujours pas que j’avais négocié sa reprise et que mon camarade m’avait soudoyé pour que je l’épouse enceinte… Voyez-vous, je l’ai achetée à ce maquignon de Marcel au prix d’une génisse pleine!
− Il n’était pas question de cela dans votre histoire ! s’indigna Polycarpe, à voix basse.
− Tant mieux. Je n’en suis pas tellement fier. De toute mon existence de minotier, ce fut ma plus mauvaise négociation.
Polycarpe eut un petit instant de doute. Max était-il épuisé par son récit ? Perdait-il les pédales ? Ou bien poussait-il l’humour à un haut degré de sophistication ? Un peu de tout cela probablement. L’ancien meunier n’avait jamais été un grand sentimental, il était tout à fait capable d’avoir monnayé sa femme… Mais il y avait prescription.
14:57 Écrit par Claudine dans art, contes et légendes, feuilleton, langue, langage, Livre, Loisirs, publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : contes, légendes, jeu, e fille broda, t, amoureux, mystères, chaumière | Facebook | | Imprimer | |
06 décembre 2011
LES CONTES DE POLYCARPE : La venelle du cheval mort
J'ai extrait du tome IV ( POLYCARPE, LE NOMBRE D'OR) trois anecdotes inventées pour illustrer l'histoire du village, composées sous forme de contes, un peu dans "l'esprit" du Décaméron. C'est à dire de façon imagée et burlesque qui décrit avec empathie les pitoyables humains...
deuxième conte
LA VENELLE DU CHEVAL MORT
Polycarpe et son ami Max, alerte centenaire, déjeunaient chez l’aubergiste Billy Busier, qui partageait leur table puisque c’était jour de fermeture.
« À propos des Malthus, chevrota Max, ça me fait penser à une anecdote qui valut à la venelle de l’huilerie d’être rebaptisée "Passage du cheval mort". C’était en 1930…
− Une minute, l’interrompit Billy. Laissez-moi débarrasser et apporter la suite, je ne veux pas louper le début.
Pendant l’absence de Billy, Polycarpe remplit les verres. Max mouilla son vin d’une rasade d’eau de Vichy.
− Puis-je vous enregistrer, Max ? demanda Polycarpe, en extirpant de sa poche un dictaphone.
− Ça ne me gêne pas, si c’est vous qui l’utilisez précisa le vieil homme d’une voix qui dérapa soudain dans les aigus.
Équipé de maniques, Billy déposa devant les convives des assiettes garnies de nourriture colorée au fumet appétissant.
− Médaillon de lotte au jus de lentilles et sa couronne de fleurs de courgettes ! annonça-t-il.
− Billy, vous vous surpassez, le complimenta Polycarpe.
Le chef fit un bon sourire satisfait.
− Vous pouvez y aller, Max, dit-il.
L’ancien minotier de Rochebourg s’éclaircit la gorge avec un bruit de démarreur de tondeuse.
Polycarpe enclencha l’enregistrement.
« Le Passage du cheval mort qui débouche sur la place, tient son appellation d’un fait divers, survenu dans les années 1930. J’étais âgé de vingt-deux ans et je travaillais au moulin de mon père. À cette époque, notre village était une localité florissante. En plus des commerces alimentaires, il y avait trois cafés, un coiffeur, un marchand d’articles de pêche et une mercerie. C’était un va-et-vient incessant dans les rues empierrées, de voitures à bras, de bicyclettes, de troupeaux de vaches, de chèvres ou de moutons. Les charrettes aux roues ferrées faisaient un bruit du tonnerre. Les villageois passaient dans un sens puis un moment plus tard, dans l’autre, ou bavardaient, tranquillement assis sur les bancs devant les maisons ; ils parlaient fort, s’interpellaient. Les lavandières remontaient du lavoir, le linge mouillé entassé sur des perches qu’elles portaient sur leurs épaules. Les gens venaient puiser l’eau au puits communal. On fabriquait encore le pain au four banal. Les cloches sonnaient toutes les heures, à deux reprises. On ne peut même pas imaginer tout ce charivari de nos jours... »
Max prit le temps de déguster son poisson.
« Tout ça pour vous mettre dans l’ambiance de l’époque, reprit-il.
Mon histoire concerne Marcel Barrou, originaire de Rochebourg, dont les parents habitaient la maison qu’occupent aujourd’hui les Malthus sur la place, là où vous étiez planqué, Billy[1], et face à votre logis, Polycarpe.
Marcel, qui a passé l’arme à gauche il y a plus de vingt ans, était à peu près de mon âge. C’était un de mes bons camarades. Mais il était un peu fou, une vraie tête brûlée depuis qu’il avait découvert, à vingt ans, ses parents assassinés et les économies du père, en pièces d’or, envolées. Barrou avait été un maquignon sans vergogne. Marcel, dépouillé de son héritage, reprit l’affaire du père Barrou. Les scrupules ne l’étouffaient pas et il prospéra rapidement. Les familles qui avaient des filles à marier lorgnaient sur ce bon parti.
Marcel et moi étions allés au bal, un soir, dans sa belle voiture, une splendide Overland.
Il avait tapé dans l’œil d’une demoiselle Marchandeau, cadette de négociants en vins. C’était une vraie beauté, avec un petit quelque chose en plus, un esprit moqueur, provocant, elle avait du “chien” comme on disait. Avec ses moustaches en guidon de bicyclette, ses costumes à revers et ses pantalons de golf, Marcel avait de la prestance et la fille lui tomba dans les bras. Ils se fréquentèrent, et même un peu plus, si bien qu’elle se retrouva enceinte.
Gros pataquès dans la famille Marchandeau, qui exigea le mariage pour laver le déshonneur.
C’est alors que mon Marcel sentit la corde du mariage lui serrer le kiki. Ce grand noceur, ce coureur de jupons, n’avait pas du tout envie de se caser et, bébé ou pas, il décida de se défiler. Il lui vint une idée extravagante : se faire passer pour mort.
Avec la complicité largement monnayée du croque-mort et celle d’un bon camarade… Je vous le donne en mille… »
Max Ducoin se mit à rire, ses épaules tressautèrent et ses pommettes saillirent :
− Pas vous, quand même ! s’offusqua Billy.
− Eh si ! Votre serviteur. Si vous utilisez cette histoire dans votre brochure touristique, Polycarpe, ne citez pas les noms des familles concernées, je vous prie.
− Soyez tranquille, Max, mais continuez, que s’est-il passé ?
L’orateur acheva de déguster son poisson en contrôlant le léger tremblement de ses mains.
« L’astuce que nous avions trouvée pour lui éviter le traquenard du mariage consistait à faire croire qu’il était mort et enterré.
Il laissa un testament m’instituant son légataire universel, puisqu’il n’avait ni ascendants ni descendants. Je devais vendre tous ses biens et lui remettre le produit des transactions ultérieurement. Il avait une entière confiance en moi. Ce qui n’était pas réciproque, je n’aurais jamais confié mon patrimoine à ce loustic ! Son rêve était d’acheter un grand café sur un boulevard à Paris. J’avais pour mission de répandre la rumeur d’une mort due au choléra, au cours d’un déplacement pour affaires à quelques kilomètres d’ici. Il était établi que le croque-mort nous rejoindrait sur le lieu supposé du décès, transbahutant en évidence de la chaux vive, pour éloigner les soupçonneux. Au lieu d’étendre mon Marcel, bien vivant, dans le cercueil, j’y plaçais un quintal de blé chipé au moulin de mon paternel.
Les obsèques furent célébrées dans l’église quasiment vide, par crainte de la contagion puis direction le cimetière pour l’inhumation.
Le corbillard à plumeaux noirs était tiré par un percheron. Le croque-mort tenait les rênes, juché sur son siège et, à bonne distance, suivaient quelques vagues connaissances des Barrou. Cela se passait en plein été sous un soleil de plomb. Je riais sous cape en pensant à Marcel en route pour la capitale, au volant de son Overland.
C’est en remontant la rue qui menait de l’église au cimetière qu’un frelon s’introduisit dans la bouche du cheval et lui piqua la gorge. La pauvre bête était foutue, elle devint hystérique.
À partir de cet instant, personne ne maîtrisa plus la situation. Le percheron se cabra soudain et le croque-mort, pressentant le drame, sauva sa peau en sautant à terre. L’animal emballé ruait et hennissait de douleur, entraînant dans son galop le corbillard secoué dans tous les sens qui se démantelait petit à petit, perdit une roue et chavira. Comme vous vous en doutez, le cercueil fut éjecté et, en tombant sur le sol, éclata.
Pendant que le cheval agonisait en travers de la venelle, les gens qui avaient entendu la galopade, les cris, les hennissements, découvrirent avec stupeur la bière éventrée dans une flaque de grains blonds, mais sans cadavre !
La supercherie ne fit aucun doute et la maréchaussée s’agita quelque temps pour retrouver Marcel mais perdit sa trace. Celui-ci, momentanément sans le sou ou presque, avait vendu son automobile et trouvé asile chez une demi-mondaine comme on appelait autrefois les filles légères.
Je lui rendis visite. Il menait une vie de coq en pâte. Au cours des mois suivants, je réglai discrètement ses affaires, cédai ses biens et lui remis son argent comme prévu. Mais il n’acquit jamais le café de ses rêves. Ses projets avaient évolué. Il s’était amouraché d’une prétendue comédienne assidûment courtisée puis d’une autre et, de fil en aiguille, vécut au crochet de ces dames qu’il envoyait au turbin. Ce bougre de maquignon était devenu maquereau à la capitale !
Les années passant, il finit quand même par se ranger. Il acheta un magasin de cotillons, farces et attrapes. Avec son sens inné du commerce il fit rapidement prospérer l’affaire qui occupait un double pas-de-porte sur le boulevard Saint-Michel, aujourd’hui reconverti en… grand café, au décor Belle Époque. Le genre d’établissement dont il avait rêvé... Clin d’œil de l’histoire.
Marcel restait mon ami. J’ai toujours bien aimé cet escroc au grand cœur, capable d’amitié, haut en couleur. Il revenait au pays de temps à autre. Les parents Marchandeau avaient passé l’éponge puisque leur fille avait épousé un notable, avant la naissance du bébé, et que l’honneur était sauf. Il était le “tonton de Paris”, il apportait à sa filleule qui était en réalité son enfant, prénommée Lolita, des tas d’objets surréalistes désopilants comme des camemberts musicaux, des bols baveux, ou des araignées flottantes...
Pour revenir sur la folle journée des obsèques, le cheval mort fut découpé sur place par le boucher car il était difficile, sinon impossible, de transporter une telle carcasse. Il ne fallait pas traîner à cause de la chaleur et des mouches, avec le sang qui dégoulinait dans la ruelle. Des gens apportaient des seaux d’eau, d’autres faisaient de l’ombre avec de grands parapluies. On devait éloigner les clébards. L’arpette emportait les morceaux un à un dans une brouette en courant. La vision du cadavre de cheval dépecé était hallucinante.
Cet épisode a beaucoup marqué les esprits.
Voilà toute l’histoire. Mais j’ai une petite chose à ajouter, mes jeunes amis…»
Le crâne virtuellement hérissé de points d’exclamation, Polycarpe stoppa le magnéto.
− Ainsi, c’est vous le notable qui avez épousé la fille Marchandeau et votre fille Lolita serait en réalité la fille de votre ami Marcel, dit-il lentement, le temps d’assimiler cette nouvelle ahurissante.
− Exact. Lolita est née après le mariage, je suis réputé son père et elle a le même statut que mes autres enfants. N’empêche que, ajouta Max, l’œil fripon, mon arrière-petite-fille Chloé, a un souteneur pour ascendant. Ah ! Ah !
L’aubergiste tapota l’épaule du centenaire.
− Sacré Max, rigola-t-il. Je n’en reviens pas !
Polycarpe se félicitait d’avoir encouragé ces enregistrements.
− Est-ce un secret de famille ? demanda-t-il.
− Pas du tout. La légende du Tonton Marcel refait surface lors de chaque célébration familiale. Nous étions tous très tristes quand il est mort. C’était un personnage romanesque…
− Savez-vous ce que je pense, Max ? Vous auriez été capable de favoriser la supercherie pour éloigner Marcel et draguer la fille Marchandeau… une vraie beauté avec quelque chose en plus, je me trompe ?
− Vous n’êtes pas loin de la vérité, chevrota Max, les yeux luisants d’un rire intérieur.
09:59 Écrit par Claudine dans Blog, contes et légendes, femmes, langue, langage, Livre, publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : légende, contes, cheval mort, max, mariage, enterrement | Facebook | | Imprimer | |
21 novembre 2011
LES CONTES DE POLYCARPE : La malédiction de Mortfoudre
Revenons à Polycarpe, après quelques détours...
J'ai extrait du tome IV ( POLYCARPE, LE NOMBRE D'OR) trois anecdotes inventées pour illustrer l'histoire du village, composées sous forme de contes, un peu dans "l'esprit" du Décaméron. C'est à dire de façon imagée et burlesque qui décrit avec empathie les pitoyables humains.
J'en ferai peut-être un livre, mais d'ici là, je les "blogue"...
Premier Conte
La malédiction de Mortfoudre
Polycarpe s’adressa à Max Ducoin :
— Je projette de recueillir quelques anecdotes vécues par les Rochebourgeois ou des légendes locales pour enrichir une brochure touristique.
— Vous avez raison, il faut attirer les touristes, chevrota Max. C’est une localité pleine de charme qui s’étiole comme une jolie fille sans amour ! Je vous soutiens à cent pour cent.
— Bravo. Vous êtes un centenaire entreprenant.
— Voyez-vous Polycarpe, je me sens concerné par l’avenir, ou alors ce n’était pas la peine de faire des enfants et d’en chier comme un Russe pour les élever, n’est-ce pas ?
— Certes. Avez-vous en tête une histoire intéressante ?
— J’ai bien deux ou trois anecdotes rigolotes, assez personnelles, mais il faudrait commencer par les aventures de Frère Prosper, le moine responsable de l’édification ratée de notre abbaye…
— Comment cela, ratée ?
Ils s’assirent de part et d’autre de la table du séjour. Polycarpe mit le dictaphone en marche.
— Cet édifice n’a jamais été achevé. Voici ce qui est prétendument arrivé. Cela se passait aux alentours de 1460…
◊
Au XVème siècle, un ermite prénommé Prosper vivait dans une caverne creusée dans une falaise de craie qui entoure, encore aujourd’hui, les ruines de l’abbaye de Mortfoudre. L’ermite Prosper menait une existence frugale, priant et cultivant quelques racines potagères. Un jour, un ange lui apparut et proclama :
Tu construiras ici la demeure de Dieu !
D’un trait de lumière, il désigna l’endroit où devait être bâti l’édifice, à l’actuelle croisée du transept.
Avant de disparaître, l’être surnaturel fit une mystérieuse prédiction gravée par le moine lui-même dans les dalles du narthex et toujours visible :
Terrasse le Mal tapi sous la bure,
Si le moine entrevoit sa hure,
Du ciel détonant le feu surgira,
La maison sacrée jamais n’achèvera.
Quand il fut remis de sa grande surprise, l’ermite fit tout son possible pour accomplir le commandement. Il alla trouver Foulques de Touche, alors seigneur de Rochebourg, pour lui proposer d’investir une part de ses richesses dans la construction de l’abbaye. En ce temps-là, on pouvait acheter des places au paradis comme à Roland Garros en se montrant généreux avec l’Église.
Foulques fit des dons substantiels et eut tôt fait de convaincre les nobles seigneurs des environs d’en faire autant. Les fonds réunis, le chantier commença.
De toutes les régions et des pays voisins rappliquèrent des compagnons de tous les corps de métiers, les meilleurs artisans et des artistes. On commença par extraire les pierres de l’abbaye du sol de craie, et l’excavation forme la crypte actuelle.
La rumeur de l’ange venu du Ciel pour désigner ce lieu sacré s’était répandue dans toutes les contrées et attirait déjà de nombreux pèlerins qui mirent la main à la pâte pour mériter le clos et le couvert. Ils contribuèrent ainsi à la construction d’un cloître attenant…
Autour de la future abbaye, s’établirent des ateliers de sculptures et de menuiserie, ceux où l’on fondait le plomb des vitraux, où l’on soufflait le verre, il y avait des maréchaux-ferrants, des auberges, des marchands de vin, car il fallait nourrir, abreuver et coucher les ouvriers et les fidèles, parquer les bêtes, accueillir les visiteurs et leurs chevaux. Le four à pain ne chômait pas et des charrettes portaient les sacs de farine. Le lieu grouillait de vie, de bruits, animé comme ruche.
Après sept ans de travaux, entrecoupés de fléaux, de guerres, de famines et d’épidémies diverses, la magnifique abbaye était presque achevée, il ne restait plus que le clocher à ériger.
L’évêque consacra le gros œuvre avant l’achèvement, tant il devenait urgent d’y célébrer les messes et les cérémonies qu’occasionnait cette vie communautaire.
Mais entre temps, Frère Prosper avait beaucoup changé. Il avait pris la grosse tête, comme on dit. Il avait acquis l’autorité d’un maître d’œuvre, laissant croire qu’il était investi de la puissance surnaturelle de l’ange annonciateur.
Il imposait les mains pour soulager les douleurs, donnait des consultations médicales, disposait d’une petite pharmacopée d’herbes thérapeutiques extrêmement efficaces, prétendument bénies par l’ange.
L’ancien ascète s’était ainsi enrichi. Il était devenu gras, jouait aux dés dans un tripot sordide et en cachette, fréquentait des demoiselles. Il obligea même les sculpteurs à représenter des scènes lubriques sur les cordeaux de l’édifice pour l’agrément visuel des passants.
C’est alors qu’il tomba amoureux d’une fille de petite vertu parmi toutes celles qui accordaient leurs faveurs aux ouvriers et compagnons travaillant sur le chantier.
Au lieu de défroquer pour l’épouser, craignant de perdre ses privilèges, il conçut un plan inverse.
Il promit des ponts d’or à la belle si elle acceptait de pénétrer dans le couvent chaque nuit, travestie en capucin, pour le rejoindre dans sa cellule.
Il avait oublié, hélas, le couplet prémonitoire !
Terrasse le Mal tapi sous la bure,
si le moine entrevoit sa hure,
du ciel détonant le feu surgira,
la maison sacrée jamais n’achèvera.
Or, l’été 1475, un 18 août, la prophétie se réalisa.
Un terrible orage et des trombes d’eau dévastèrent toute la communauté. Frère Prosper et quelques autres pêcheurs furent foudroyés, grillés comme des cochons. L’incendie fulgurant ravagea les échafaudages de la voûte, les abris de fortune, les cabanes de bois accolées aux murs de l’édifice.
Le jour suivant se leva sur la carcasse fumante de l’abbaye. On dit qu’apeurés par la violence des intempéries où ils virent la colère de Dieu, tous les survivants s’enfuirent.
Mortfoudre ne fut jamais achevée.
◊
— Voilà, mon cher Polycarpe, ce qui se racontait ici au temps de nos aïeux.
***
N.B : information à l'attention des professionnels du livre, des libraires et des bibliothécaire : mes livres sont désormais accessible par le réseau ELECTRE.
11:54 Écrit par Claudine dans contes et légendes, langue, langage, Livre, Loisirs, publications, salons et dédicaces | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : contes, anecdotes, abbaye, malédiction, polycarpe | Facebook | | Imprimer | |
18 octobre 2011
Polycarpe, Enigme à Marseille
Un restaurant dans les rues de Marseille !
19:52 Écrit par Claudine dans Blog, insolite, joke, langue, langage, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : polycarpe, roman policier, marseille | Facebook | | Imprimer | |
20 septembre 2011
Un clip rigolo...
10:24 Écrit par Claudine dans Blog, insolite, Jeux, joke, langue, langage, Livre, Loisirs, publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : you tube, livre, book, ebook, ipad | Facebook | | Imprimer | |
19 septembre 2011
l'atelier d'écriture reprend...
Ce 29 septembre, reprise de l'atelier d'écriture à la MJC de Ballan,
Pavillon Hedler
de 18 h à 19 h 30.
Le principe : écrire des textes en s'imposant des contraintes créatives, lectures à haute voix, commentaires... Ce sont des séances très enrichissantes et fortes d'émotions ou d'idées partagées. L'ambiance est très agréable.
Cette année, nous avons un blog sur lequel ceux qui le souhaitent publieront leur travail.
ce blog est ICI : http://ecritureenpartage.over-blog.com/#
Pour s'inscrire, contacter la MJC au 02.47.67.69.63
19:53 Écrit par Claudine dans association, Blog, femmes, insolite, Jeux, langue, langage, Livre, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : atelier d'ecriture, oulipo, queneau, perec, mots, contraintes, lectures, echange, partage | Facebook | | Imprimer | |
15 septembre 2011
"Du coup"... j'y reviens...
Cette note sur l'usage de l'expression "du coup" (voir ci-dessous) a été publiée sur ce blog en septembre 2006 (eh oui, déjà !) et elle suscite toujours les commentaires de nos amis blogueurs... Cette expression est devenue une véritable scie... dont tout le monde use et abuse... Toute proportion gardée, cela me fait penser au"Rhinocéros" de Ionesco : le rhinocéros comme métaphore d'une idéologie stupide et brutale qui contamine tous les humains...
Je rafraîchis cette note en la republiant et je vous suggère, avec insistance, de la boycotter !
« L'expression "du coup" se propage actuellement comme un virus et contamine toutes les conversations.
C'est une contrefaçon du mot de liaison "par conséquent", qui a les apparences de l'articulation logique mais occulte un chaînon de l'argumentation pour obtenir l'approbation d'autrui.
C'est en réalité un outil de manipulation intellectuelle.
L'expression "du coup", utilisée à propos de faits ou d'idées souvent dérisoires, est un syllogisme qui se prévaut de l'accord implicite de l'interlocuteur.
Ex : ces articles étaient en soldes, du coup j'en ai pris trois...
Dans cet exemple, il n'y a pas de relation de cause à effet entre l'affirmation et l'action. Le "du coup" suppose l'interlocuteur convaincu de la légitimité de ces achats. En réalité, celui emploie ces mots vise à se faire plébisciter : en obtenant l'approbation de l'interlocuteur, il fait comme s'il obtenait sa bénédiction pour tous ses actes.
Observez l'emploi de ces mots : vous constaterez qu'ils permettent de faire l'économie d'un raisonnement, de rebondir sur l'absence de contestation, pour se prévaloir d'une légitimité à penser ou à agir.
Certes, nous sommes tous touchés plus ou moins par cette contagion, mais ne nous laissons pas terrasser par l'épidémie, et combattons le "du coup"»!
16:05 Écrit par Claudine dans Blog, interviews, langue, langage | Lien permanent | Commentaires (0) | Facebook | | Imprimer | |