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  • Le sexe des anges...

    Vu à Sainte-Marie-de-Ré.

  • Les aventures de Polycarpe - 2ème épisode

    Amis blogueurs, comme convenu voici la suite des Aventures de Polycarpe.

    NB :  - j'ai mis dans la rubrique "à propos" ce que vous pourriez avoir  envie de savoir sur my little person et que je n'ai pas envie de développer ici.

             


    LE VIEUX LOGIS
     
    Chapitre II
     

    Le téléphone sonna alors qu’il petit-déjeunait sur un coin de table, au milieu de son chantier. Il perçut une voix féminine aux intonations chantantes.

     - Nous ne nous connaissons pas encore, monsieur Houle. Je m’appelle Imogène Cordet, je tiens le petit commerce de miel et pains d’épices dans la rue du Château.

    - Je dois vous féliciter pour vos excellents produits que j’ai dégustés chez Basile Bot. Je n’ai pas encore eu l’occasion de pousser la porte de votre échoppe.

    C’était une petite boutique à l’ancienne, aux vitrines en demi-cercle de part et d’autre d’une porte basse à laquelle on accédait en descendant trois marches. Des pots de miel d’essences variées y étaient exposés ainsi que des boîtes de cire d’abeilles et autres produits dérivés de la ruche.

    - On dit que vous travaillez comme un forçat dans le logis, fit gaiement Imogène Cordet.

    - Disons que je bricole. Pour le gros-œuvre, je déléguerai...

    - Figurez-vous que je viens vous donner l’occasion de poser vos outils, temporairement, bien sûr.

    - Que me proposez-vous ?

    - C’est une suggestion. Maintenant que vous êtes un citoyen de Rochebourg, ne souhaiteriez-vous pas faire la connaissance des plus dynamiques d’entre eux, farouchement décidés à ressusciter le patelin ?

    - C’est un groupuscule politique ? s’enquit Polycarpe, avec méfiance.

    Imogène Cordet émit un gloussement.

    - Qui sait ? Certains d’entre se présenteront peut-être un jour aux élections ! Pour le moment, ce n’est pas à l’ordre du jour : nous formons une association locale et indépendante pour la promotion des arts et de l’artisanat.

    - Félicitations pour cette initiative, mais je vous préviens : je ne suis ni artisan, ni artiste.

    - Ce n’est pas indispensable. L’alipa a aussi besoin de soutien moral et parfois d’un coup de main. J’aimerais vous expliquer tout ça de vive voix. Voulez-vous passer à la boutique ou préférez-vous que je vous rende visite ?

    Confronté à cette alternative sournoisement dolosive, Polycarpe considéra son chantier. Il choisit la première option et proposa le lendemain, dans la matinée.

    D’un certain point vue, le coup de fil d’Imogène Cordet lui faisait plaisir. Il était content d’être sollicité en tant qu’habitant adoubé de Rochebourg, même si la perspective de ces réunions où l’on déblatérait de tout et de rien et où chacun se gonflait d’importance, ne l’emballait pas.

    Tandis qu’il répondait au téléphone, en regardant vaguement par la fenêtre, un cabriolet décapoté, bleu glacier contourna le chêne de la place ; la conductrice, à la façon des héroïnes d’Hitchcock, portait des lunettes noires, la tête serrée dans un petit fichu, et observait chaque maison. Un agent immobilier ? Une touriste étrangère résidant dans quelque gîte des environs ? Le cabriolet, ayant fait demi-tour, repassa au ralenti devant le logis ; la pseudo starlette examina la maison, croisant le regard de Polycarpe, avant de prendre de la vitesse et de disparaître dans les virages de la colline.

     

    Le lendemain, il pénétra dans le petit magasin dont l’enseigne annonçait : « miels et pains d’épices » en lettres pyrogravées sur une grume de pin. Les bâtonnets d’une clochette tintèrent et il attendit en détaillant les produits empilés en quinconce sur des étagères.

    Une main, longue et brune, puis un bras remuèrent les perles d’un rideau et une femme apparut, l’air hagard, dans une tenue chinoise en soie noire. Elle était grande et mince. Ses cheveux peu épais, ni longs ni courts et mal coiffés dont elle devait elle-même cisailler la frange pas très régulière, encadraient un visage allongé aux pommettes saillantes, aux narines translucides, que des grands yeux et une bouche sensuelle rendaient atypique. Entre une quarantaine marquée et une cinquantaine bien conservée, Polycarpe lui attribua aux environs de quarante-cinq ans. Elle lui demanda ce qu’il désirait, la paupière alourdie sur un regard blasé.

    Il n’imaginait pas ainsi la personne entendue au téléphone. Il se présenta :

    - Le forçat du logis. Je viens voir Imogène Cordet.

    La métamorphose fut spectaculaire : toute sa personne rayonna comme si elle reprenait vie et elle eut un sourire asymétrique qui la rendait charmante.

    - Entrez, passons derrière, nous serons mieux pour bavarder !

    Considérant sa première impression, Polycarpe craignit d’être importun.

    - Vous ne me dérangez pas le moins du monde. J’étais dans ma comptabilité... la TVA... et, ce genre de truc, ça me mine...

    Derrière la boutique, il découvrit une pièce claire, prolongée d’un balcon sur pilotis, qui surplombait une petite enceinte de verdure en contrebas, accessible par un escalier extérieur. La pièce était meublée de bric et de broc, des jetés de couleurs vives recouvraient des fauteuils en rotin et un clic-clac. Quelques affiches de galeries d’art égayaient les murs.

    Elle se mit à parler, très volubile, laissant parfois en suspend ses bavardages pour sauter du coq à l’âne.

    - Appelez-moi Imogène, dit-elle, au milieu d’une phrase où elle lui exposait l’historique, au demeurant récent, de l’alipa dont elle était la présidente.

    Puisque les élus ne semblaient préoccupés que par le plan d’occupation des sols, les ravalements des édifices et l’agrandissement du cimetière, les habitants se prenaient par la main. Avec un cadre pareil et un château, il suffisait d’avoir des idées. La première idée, suggérée par Marie Bulu, était une exposition d’œuvres peintes ou sculptées. Basile Bot, le vice-président, avait proposé d’accueillir des troupes de théâtre qui se produiraient dans les ruines. Constance Sirre voulait organiser un concours de dictée, une foire aux livres anciens. Évariste Verpré proposait un jour de brocante.

    - Évariste Verpré, le père de Petit Lu ?

    - À la bonne heure, vous connaissez déjà du monde.

    - J’ai contacté Petit Lu, il est d’accord pour venir nettoyer mon jardin.

    - Parfait, ça lui fera le plus grand bien. Ce garçon est  complexé. Je vous offre un café ?

    - Bien volontiers. Je suppose que vous devez obtenir des autorisations spéciales pour occuper des lieux comme le château ?

    - Le propriétaire actuel est d’accord pour accueillir nos animations. Le comte est assez large d’esprit, vous savez. Il a d’ailleurs pris sa carte de membre honoraire pour soutenir nos initiatives. Les subventions qu’il reçoit des Monuments historiques sont employées à éviter l’effondrement des corniches sur la tête des promeneurs. En contrepartie, Pierre de Touche autorise les visites de « la chambre rouge ». Vous devriez la voir, c’est impressionnant !

    Tandis qu’Imogène jacassait en versant l’eau bouillante sur un filtre, dans son petit coin kitchenette, le regard de Polycarpe errait sur le tapis de la table, le dessus d’un petit buffet en pin. Il n’y avait nulle trace d’un quelconque document comptable, pas même un relevé de banque. En revanche, un gros cahier broché, refermé sur un crayon dont la petite gomme usée dépassait les feuillets, attisa sa curiosité. Il l’entrouvrit furtivement. Sur la première page, il lut : « Étude d’un cas de machisme paranoïde par I.Cordet ». Une grande moitié du cahier était remplie d’une écriture fine, élancée, volontaire.

    - Alors, viendrez-vous à notre prochaine réunion, vendredi prochain ?

    Il referma prestement l’ouvrage manuscrit, bluffé par ce titre.

    - Comment refuser de connaître l’élite branchée de Rochebourg...

    En arrivant, tout à l’heure, il avait interrompu la psychanalyste ce qui expliquait sans doute l’air songeur de la marchande de miel. Pourquoi avait-elle prétendu faire sa déclaration de TVA ? Étudier un cas de « machisme paranoïde »  était certainement un hobby respectable, même si c’était, pour lui, du chinois.

    Décidément, après Basile et Mama, Imogène aussi avait deux visages. « Bienvenue à Janus City ! ».

     

    C’est en revenant de sa visite à Imogène qu’il découvrit assis devant chez lui un gros baraqué aux longs cheveux attachés en catogan, dont la fine moustache et une barbichette à la Richelieu avaient été probablement étudiées pour viriliser un visage porcin, affligé d’un double menton et de grosses joues couperosées. En attendant l’occupant du logis, il s’était assis sur l’une des deux bornes tronquées qui encadraient la double porte vitrée de la cuisine et se rongeait les ongles avec une application gloutonne.

    En voyant Polycarpe approcher, il se mit debout, s’essuyant les doigts sur son jean, et balbutia un bonjour craintif. Il dépassait Polycarpe d’une bonne tête et semblait encombré de son corps.

    -  Je suis Petit Lu, dit-il, en rougissant.

    - Enchanté !

    Polycarpe agita avec énergie la grande main molle et potelée du jeune homme.

    Ils traversèrent le chantier de la cuisine puis passèrent dans le hall de l’entrée.

    Avant de rendre à ce large corridor sa fonction originelle, il était impératif de jointoyer le linteau du porche donnant sur la place et qui menaçait effondrement.  C’était le point stratégique de la bâtisse qui distribuait les pièces du rez-de-chaussée et d’où partait, vers les étages, un escalier massif de chêne noirci par cinq siècles ; il donnait également sur le jardin, par une porte rafistolée avec des plaques de zinc.

    Petit Lu lança un regard apeuré vers l’étage, se rapprochant de Polycarpe au point de le heurter.

    - Excusez.

    - Bon sang, regarde où tu marches !

    - Ces vieilles baraques, ça me fout les boules.

    Après avoir examiné le froussard qui cherchait une contenance en se grattant compulsivement la nuque, Polycarpe haussa les épaules.

    Comme tous les jardins de Rochebourg, celui-ci était clos de murs en pierres extraites des galeries. L’herbe, les chardons, des orties, des sureaux et des sorbiers l’envahissaient. Impossible de se frayer un chemin jusqu’aux vestiges d’une serre vitrée qu’on apercevait dans le fond. Polycarpe n’avait d’ailleurs jamais poussé la curiosité jusque là. Il n’était pas jardinier.

    -   Il faut rendre cet enclos accessible, couper l’herbe, tailler les branches...

    -  Vous avez des outils de jardin? demanda Petit Lu, faisant preuve d’un esprit pratique de bonne augure.

    - Si tu es d’accord avec mes conditions, je m’approvisionne dans une jardinerie dès aujourd’hui. Je te propose un forfait défrichage de trois cents euros. Mais si tu traînes, tu seras perdant, OK ?

    - C’est bon. Ça va calmer mon vieux qui veut me voir bosser. Je commence quand ?

    - Demain ?

    - Bof, si vous voulez.

    Fort des recommandations de Basile Bot, Polycarpe décida d’être ferme.

    - Je veux te voir, tous les matins, à neuf heures tapantes. Tu peux apporter ton casse-croûte et manger ici, pour gagner du temps... 

    - Ça marche, bon ben, je me sauve.

     Petit Lu rebroussait chemin illico comme un type à l’emploi du temps minuté.

    - Eh, y a pas le feu ! Je t’offre un verre ?

    - C’est qu’il est midi. Je déjeune avec mon père et le mercredi, il embauche de bonne heure à l’imprimerie.

    « C’est vrai que la bouffe pour ce pouf-pouf ça doit sacré. »

    Polycarpe rengaina sa cordiale proposition et reporta l’investigation qu’il voulait mener pour savoir si Petit Lu, à l’instar des autres rochebourgeois, possédait une double personnalité.

     

    Il déjeuna rapidement avec l’intention partir de bonne heure dans la zone commerciale de la banlieue de Chassac, la ville importante la plus proche de Rochebourg, pour avoir le temps, au retour, de passer chez Mama, voir ses peintures, saluer Jaco et faire la connaissance de Muguette. En groupant ses démarches, il disposerait demain d’une journée pleine pour avancer ses travaux.

    Il sortit de la grange sa « bétaillère », une vieille 505 diesel commerciale aménagée pour le transport des animaux dont l’habitacle comportait une grille d’isolation entre les places avant et l’arrière. Polycarpe comptait bien la conserver au moins aussi longtemps que dureraient les travaux de restauration du logis. Sa situation exigeait prudence et rigueur en matière de budget.

    L’avantage de la bétaillère était sa capacité à contenir tout matériel encombrant, en l’occurrence une faucheuse-débroussailleuse électrique et l’enrouleur de fil, plusieurs outils à longs manches, une cisaille perroquet. Profitant du déplacement, il s’approvisionna en décapant et en feuilles à poncer dans une grande surface de bricolage et fit des courses alimentaires dans un supermarché. Le temps de chercher et de choisir les articles, de poireauter aux caisses, de faire la route et de décharger, il était plus de dix-huit heures quand il arriva chez Mama.

     

    La courette était accessible par quelques marches et entourée d’un muret ébréché. Un petit portillon muni d’une targette empêchait la marmaille de sortir. Jaco animait des petits pirates Playmobil à l’intérieur d’un galion, captivant un auditoire de deux  bambins, ne prêtant aucun attention au visiteur. Un ratier, genre Milou en gris sale, apparut sur le seuil et fit un grand détour, d’une démarche de jouet mécanique, pour aboutir sur les talons de Polycarpe.

    -  Biros ! laisse le monsieur tranquille ! ordonna Jaco distraitement.

    Une jeune fille métis à l’expression triste, alanguie dans une chaise-longue, prévint mollement sa mère d’une voix éteinte.

    Jaco apostropha Polycarpe :

    - Je vous remercie pour le hérisson, il est guéri maintenant, je l’ai relâché.

    Il exécutait visiblement les consignes de politesse exigées par sa mère, avant de se replonger dans ses histoires de pirates. Curieusement, la guérison du hérisson ne semblait pas le réjouir en proportion de son inquiétude de la veille.

    - Entrez et ne regardez pas le désordre, je vous prie !

    Il pénétra dans une cuisine où sifflait un autocuiseur et se dirigea vers l’autre pièce, contiguë, d’où lui parvenait la voix de Marie  qu’il trouva devant un chevalet orienté face à la fenêtre ouverte, le pinceau à la main.

    L’odeur d’huile de lin luttait contre celle du chou en provenance de la cuisine. La pièce était meublée d’une vieille table pleine de traces de peinture, d’étagères rudimentaires garnies d’un foutoir de toiles vierges, de papiers à dessin et de livres. Tous les murs étaient tapissés de grands tableaux figuratifs, peuplés de personnages rigides qui le fixaient de leurs regards vivants, certains ravagés par la désolation, d’autres emprunts de naïveté. L’artiste anticipa l’éventuelle remarque de Polycarpe :

    - Ceux-là, je ne les vends pas.

    À sa façon de baisser les paupières sur un regard désabusé, il vit qu’elle feignait le détachement.

    - Pourtant, ça vous prend aux tripes, dit Polycarpe.

    - Ce ne sont pas des tableaux-bibelots qu’on accroche pour mettre en valeur la moquette. Les gens préfèrent ça.

    Polycarpe s’étonnait de la voir enduire une toile en noir à grands coups de brosse.

    - Je prépare les fonds de mes natures mortes. Un noir adouci de terre de Sienne pour faire mieux ressortir les reflets, regardez...

    Elle retourna plusieurs toiles achevées, posées contre un pied de table. Raisins ou pommes aux tons vifs et brillants débordaient de coupes de porcelaine posées sur des dentelles fignolées. Il y avait des variantes avec carafes ou bougeoirs...

    Elle avait la tête enturbannée d’un tissu coloré, un sourire de gosse faisait saillir ses joues rondes en y creusant des fossettes.

    - J’en fait plusieurs en même temps, tous les bougeoirs, tous les napperons, ça m’évite de nettoyer mes pinceaux. Ils se vendent bien...

    Elle fronça soudain les sourcils, jeta un regard dehors, en direction des enfants, avant de refermer la fenêtre.

    - Puisque vous êtes là, j’ai des choses à vous dire. Asseyez-vous.

    Elle délesta un tabouret d’une pile de journaux.

    - Jaco est allé rendre sa liberté au hérisson dans le jardin de Berouette et à son retour, il cachait quelque chose dans sa poche, avec l’air pas dans son assiette.

    Elle tira le tiroir de la vieille table, en sortit une grosse montre à gousset, au cadran bombé, en or massif accrochée à sa chaîne.

    - Voilà, c’est ça !

    Polycarpe considéra l’objet, le retourna. C’était un objet de valeur. Le verso était strié d’entrelacs. Il la porta à son oreille, ouvrit le clapet ciselé qui occultait les mollettes et remonta le mécanisme. La montre se mit à marcher.

    - Il me jure qu’il l’a trouvée dans un coin où on jette des branchages, les ronces et les mauvaises herbes, en essayant de voir où s’enfuyait son hérisson.

    Il considéra les entrelacs de l’oignon qu’il soumit à la vue de Marie.

    - Que déchiffrez-vous? Je n’ai pas mes lunettes mais je crois distinguer les lettres L et C dans les circonvolutions. LC... Ça ne vous dit rien ?

    - Regardons dans l’annuaire...

    Elle s’empara du catalogue des télécoms et le compulsa sur ses genoux.

    - Pas de L.C. disposant d’une ligne téléphonique fixe sur la commune... Je ne vois qu’une seule personne dont le nom correspondrait à ces initiales : un vieux grincheux, mort l’an dernier : Léonard Cornu, celui qui occupait  le logis avant vous.

    Interloqué, Polycarpe bondit sur ses pieds, fit le tour de l’atelier.

    - Mais j’ai signé l’acte de cession, par l’intermédiaire du notaire, avec un certain Ulysse Côme, qui m’a été déclaré comme le propriétaire ! En son absence, les démarches se sont faites par courrier. Mais il n’a jamais été question de ce Cornu !

    - C’était le grand-père d’Ulysse... Cornu l’a hébergé et Ulysse était aux petits soins. Un étudiant aux Beaux-arts. Il faisait une sorte de mémoire sur l’architecture de votre maison. Je crois qu’il s’est installé dans le midi. Ulysse venait d’hériter du grand-père quand il vous a vendu la maison, mais il a déménagé tout de suite après l’enterrement.

    - Abandonnant quelques chaises bancales, un vieux bureau, une console rococo et de la vaisselle dépareillée... Autrement dit, si cette montre appartenait à ce Cornu, elle a été chapardée avant le déménagement d’Ulysse Côme, du vivant de Cornu.

    - En tout cas, Cornu n’en a jamais parlé et Dieu sait pourtant si c’était un râleur !

    - Il faut croire que la personne coupable de ce chapardage n’avait aucune envie d’être trouvée en possession de cet objet aux initiales du propriétaire. Elle s’en est débarrassé dans le premier roncier venu.

    Elle porta ses mains à sa taille affectant un air outré et ses prunelles roulaient dans le blanc de ses yeux écarquillés.

    - Dans quel monde vivons-nous, monsieur Houle !

    Il imita le même ton faussement scandalisé.

    - Je vous le demande, madame Bulu !

    - Quand vous m’appelez madame Bulu, ça me fait trop bizarre !  Appelez-moi Mama !

    - D’accord et en échange, appelez-moi Polycarpe.

    Elle enfouit son visage dans ses deux mains pour masquer son hilarité. Et lui, croisant jambes et bras, feignit un air ennuyé :

    - C’est lassant à la fin. Dire que ma défunte mère avait projeté dans ce prénom toutes ses ambitions sociales ! Et voilà, vous pouffez !

    Mama posa sa main sur l’avant-bras de Polycarpe en signe d’excuses, sa mine montrant qu’elle appréciait l’humour pince-sans-rire de son visiteur.

    - Vous m’avez l’air d’un homme bien gentil, dit-elle, en le regardant comme si elle voyait les tréfonds de son âme. Vous mériteriez d’avoir une bonne amie.

    Polycarpe reçut le compliment avec un certain embarras dont Mama le sauva en remettant la montre sur le tapis.

    - Qu’est-ce que j’en fais ?

    - Normalement, elle appartient à Ulysse, dit Polycarpe. S’il revient dans le coin, nous lui rendrons...

    - J’ai un autre souci avec ma fille aînée... Muguette m’inquiète. Vous l’avez vue ?

    - Ainsi, la petite princesse évanouie que j’ai aperçue est donc Muguette !

    - En ce moment, elle est dans une mauvaise passe, et je n’arrive pas à lui tirer un mot... Autant que je vous le dise maintenant, avant que la rumeur me précède : elle n’a jamais connu son père - je devrais dire : son géniteur. Je me demande si c’est ça qui la travaille... Oh, excusez-moi, je vais éteindre sous la cocotte...

    à suivre...

  • Les aventures de Polycarpe - 1er épisode

    Ceci est la première page de mon blog... Bonjour à tous !
         Je zappe sur les renseignements perso et la bio : on verra plus tard.
         Pour l'essentiel, sachez que je suis auteur(e) de :
    ·                     Un POULPE, paru chez La Baleine-Le Seuil, en 2001, sous le n° 228 et intitulé : UN PETIT LAPSUS TRES SUSPECT (toujours disponible en librairie)


    ·                     Une série à énigmes qui donne son titre à ce blog : LES AVENTURES DE POLYCARPE HOULE. Les deux premiers ont été écrits et publiés en 2003 et 2004 par une petite maison d'édition - que j'ai dû quitter, récupérant tous mes droits.
    Cette série comprend à ce jour quatre titres :
    1.                  Le Vieux Logis
    2.                  Le Pigeon Noir
    3.                  Le Nègre en Chemise
    4.                  Le nombre d'Or

         Nonobstant, pour causer chic, l'absence de publication papier, je tiens à diffuser mes romans. Ces récits ont eu de bonnes critiques et ont, semble-t-il, réjoui les lecteurs rencontrés ici ou là lors des dédicaces. J'envisage de publier sur ce blog deux chapitres par semaine... en alternance avec de la doc sur cette série (notes, presse, interview, bio, etc)

     Et maintenant, j'envoie le premier chapitre en copier-coller...
     
    LE VIEUX LOGIS
     
     
    Chapitre Un.
     
    Les dalles du sol n’étant pas planes, l’escabeau où il était juché pour lisser le torchis du plafond avait de brusques accès de claudication et Polycarpe assurait son équilibre en agrippant la poutre de la main gauche. Il coinçait entre ses pieds une cuvette de cuisine emplie d’une gâche de néophyte, au plâtre trop liquide, dont la plus grande partie le maculait de dégoulinades et giclait par terre sur les feuilles déployées du Nouvel Echo.
    Il avait entrepris de retaper sa vieille demeure, en commençant par la cuisine. Aucun artisan n’avait jugé rentable ce ravaudage de torchis : la chaux s’était délitée et il tombait, n’importe où, des averses inopinées et généreuses de poussières noirâtres, y compris dans son assiette.
    C’était exactement l’activité dont il avait besoin en ce moment. Les efforts physiques lui assuraient un quota de sommeil réparateur, le résultat bien visible était encourageant et il formait à nouveau des projets. Pour survivre à son chagrin après le décès accidentel de son épouse, Polycarpe avait décidé de changer d’existence : il avait vendu l’appartement conjugal et cédé son cabinet de vétérinaire, s’estimant suffisamment nanti pour assurer pécuniairement l’intérim jusqu’à la date officielle de sa retraite.
    Dans sa quête acharnée d’un nouveau lieu de vie, il avait scrupuleusement écumé la région et découvert, dans une boucle d’itinéraire oublié depuis la construction  d’une rocade, le pittoresque village de Rochebourg  bâti en terrasses sur une colline et dominé par les vestiges d’un château.
    Confondu par l’apparition, il avait arpenté les ruelles escarpées, emprunté les escaliers moussus qui les reliaient, s’était fourvoyé dans les cours d’habitations troglodytes, perdant tout sens de l’orientation dans les sentiers en spirale qui contournaient des ruines, bifurquaient vers des entrées de caves et de galeries, passaient sous des arches de pierre d’où pendouillaient des lianes.
    Subissant littéralement le charme de ce lieu, contre toute attente et en dépit de l’esprit logique dont il s’était cru pourvu, il avait ressenti dans toute sa personne une vibration irrationnelle. Il lui semblait revenir d’un long voyage et ressentir les effluves d’un bonheur oublié.
    Il avait été traversé d’une interrogation subliminale qu’il n’aurait pas avouée sous la torture : n’avait-il pas déjà vécu à Rochebourg dans une existence antérieure ?
     
    Le village s’étageait sur un promontoire de roches tendres où subsistaient les restes déchiquetés d’un château renaissance. Au croisement des rues du Château et de l’Église, aboutissaient deux venelles tortueuses, dites rues de la Porte du Nord et de la Porte du Sud. Cette intersection formait, au cœur du village, une sorte de rond-point octogonal, au macadam antédiluvien gondolé par les racines d’un chêne tricentenaire sur lequel ouvrait directement la nouvelle résidence de Polycarpe. La grande double-porte vitrée de la cuisine était encadrée de deux bornes coniques qui protégeaient l’habitation  à l’époque des pataches. 
    Avec ses fenêtres à meneaux, ses pignons à gâble et ses lucarnes à clochetons, cette prestigieuse masure lui avait bel et bien tapé dans l’œil, malgré son état lépreux et à deux doigts d’être frappée de démolition.
    Heureux propriétaire depuis un peu plus d’un mois, Polycarpe se sentait doucement revivre. En haut de son escabeau, enveloppé d’un grand sac poubelle et coiffé d’un bob, il fredonnait approximativement sur un vieux swing diffusé par la radio.
     
    Un toc-toc  timoré  résonna contre une vitre de la porte grande ouverte directement sur la rue. Un petit môme de sept ou huit ans se tenait sur le seuil, encombré d’un grand carton, vêtu d’un short taillé dans un vieux jean, d’un tee-shirt sale et chaussé d’énormes baskets. Devant son  expression tristounette,  Polycarpe lança un : « Bonjour jeune homme ! » plein de bonne humeur. Il descendit de son perchoir et coupa le son du transistor.
    - C’est maman qui m’a dit de venir... Elle dit que vous savez soigner les animaux...
    - Allons bon, déjà ? rumina le nouvel habitant.
    Il se doutait bien qu’un jour où l’autre on profiterait de ses compétences, mais pas si tôt.
    - Aujourd’hui, tu vois, je suis plâtrier.
    Le gamin pouffa.
    - Ben, on l’dirait pas !
    Il fit mine de considérer l’enfant d’un air offensé, les sourcils en accents circonflexes.
    - C’est bon, tu as raison. Montre voir !
    Le gamin posa son carton sur la table et en écarta les rabats.
    - Est-ce qu’il va mourir, vous croyez ?
    Un hérisson gisait sur le flan, inerte, des fourmis sortaient des soies, couraient sur ses yeux et son museau.
    Il gratouilla le ventre gonflé de l’animal qui n’eut aucun réflexe.
    - Regarde sa petite truffe, elle brille : ça veut dire qu’il n’est pas mort, d’accord ?
    - Oui monsieur, fit l’enfant, un peu rassuré.
    - Dis-moi où tu l’as trouvé.
    - Dans les fraisiers, au jardin de Berouette.
    - Il s’est goinfré de fruits à se faire péter la panse et dans quelques heures, tu verras, il se remettra à bouger. Alors, comment t’appelles-tu ?
    - Jaco. Je suis le fils de Mama Boubou.
    - Mama Boubou !
    Polycarpe l’avait déjà rencontrée à la tournée du boulanger. Il se demanda par quel miracle génétique cette confortable martiniquaise à l’épiderme étincelant avait pu enfanté ce petit pâlichon chétif.
    - Je connais ta maman, dis-lui que j’irai prendre des nouvelles du hérisson.
    Juste au moment de sortir, Jaco s’arrêta sur le seuil.
    - C’est comme Muguette alors, quand elle se couche sans parler et sans bouger, c’est une indigestion.
    - Muguette ?
    - C’est ma grande sœur. Des fois, on croit qu’elle ne respire plus.
     
    Après le départ de Jaco, la gâche était solidifiée. Il était près de dix-huit heures et Polycarpe décida de « débaucher » anticipant le plaisir d’aller s’attabler au café de Basile où il dînait chaque soir en attendant que sa cuisine soit opérationnelle.
      Il se débarrassa de ses hardes, décolla au canif le plâtre séché dans les poils de ses bras et se récura dans un cabinet de toilette au confort sommaire, pourvu d’une douche qui pissotait lamentablement.
    Il enfila un pantalon de velours côtelé et un polo sur lequel il arrima sa paire de bretelles. Prévoyant l’éventualité d’une soirée fraîche, il prit un grand gilet sans manche quelque peu gondolé par les lavages. Il passa un coup d’éponge sur ses mocassins et se voûtant pour apercevoir son reflet dans une petite glace accrochée au hasard d’un clou préexistant, il aplatit ses cheveux à l’eau de Cologne : d’un châtain de plus en plus clair, ils frisottaient tristement.
    Il ne supportait pas son image et ne regardait dans la glace que les éléments de sa personne qu’il devait entretenir. Il n’avait pas « le visage buriné de profonds sillons expressifs »  mais des joues plutôt mollassonnes, un nez en patate et des poches en formation sous les yeux. Toute la vivacité et la sagacité de son caractère passaient dans l’éclat ironique de son regard - dont il n’était pas conscient puisqu’il n’échangeait avec le miroir qu’un bref coup d’œil rancunier.
    Sa silhouette un peu empâtée et des membres courts lui donnaient une démarche involontairement empressée tandis qu’il traversait le village en direction du café, dernière maison à l’ouest du village, avant les champs de tournesol et le méandre languissant de la Gourmette.
    Il se savait furtivement observé : son statut de nouvel habitant provoquait une curiosité mitigée. La plupart des rochebourgeois de souche le saluaient en biais, d’un ton aigre. Les autochtones, propriétaires des terres agricoles et des  vignobles se déployant comme une large collerette depuis les pentes du village jusqu’aux confins de l’horizon, manifestaient quelques symptômes de xénophobie face à l’inexorable immigration des « rurbains ». Bien qu’ayant réalisé de confortables plus-values en vendant leurs vieilles pierres aux travailleurs citadins qui voulaient vivre hors des villes, ils éprouvaient à leur égard une méfiance atavique. Ils montraient donc une certaine réticence à accueillir ce veuf presque sexagénaire qui avait déjà sympathisé avec Marie Bulu et Basile Bot, les doux dingues du bled.
    C’est en découvrant une anomalie concernant Basile Bot, le cafetier, que Polycarpe avait cessé de croire que tout pouvait être à Rochebourg aussi simple que la dénomination des rues : Le tavernier était instituteur, à quarts de temps alternés dans deux écoles primaires de communes voisines, en remplacement des directeurs occupés aux tâches administratives et ces matinées-là, le café restait fermé.
    Basile frisait la trentaine ; il avait les traits fins, la peau très mate et les cheveux bouclés. C’était un homme énergique et joyeux. 
    - Les travaux avancent ?
    Polycarpe lui rendit sa poignée de main au-dessus de l’antique bar en ronce de noyer et remua ses épaules douloureuses.
     - Doucement... Je ne m’en tire pas trop mal pour un bricoleur débutant.
    Basile prit l’air malicieux en désignant du menton un gars, arrimé à son picon-bière, puis ayant attiré son attention, leva l’index.
    - On n’a rien sans rien ! dit précipitamment le type en question.
    -  Y a mieux, dit Basile : C’est en...
    -  …forgeant qu’on devient forgeron  ! s’écria un amateur de muscadet, prenant l’autre de vitesse, lequel, stimulé, lança :
    - Petit à petit, l’oiseau fait son nid !
    Basile abattit sa main sur un Petit Larousse qui trônait sur le bar et s’adressa à Polycarpe :
    - C’est du boulot, mais ça vient : on s’entraîne aux proverbes des pages roses !
    Polycarpe s’installa à l’une des tables rondes, près du vaisselier où étaient disposés des petits paquets de brochures publicitaires pour les curiosités environnantes, ainsi que des livres mis à la disposition des habitués.
    Basile quitta son bar et s’assit face à son client. Toujours en mouvement, il donna un vague coup de torchon et, semblant contenir une envie de se marrer, replaçant ses lunettes rondes avec une légère grimace, jeta des regards alentours et claqua la table du plat des mains en se basculant contre le dossier de la chaise. Au moment où Polycarpe s’attendait à quelque déclaration d’importance, il annonça le menu sans reprendre son souffle :
    - Une soupe tomate une omelette ciboulettes patates vapeur j’ai aussi un chèvre  garanti  parfait ça roule ?
    - Épatant, dit Polycarpe.
    Basile lui tapota amicalement l’épaule et quitta la table, interpella les clients du bar, reprenant avec eux une conversation sur le match de la veille tout en débouchant un gamay, coupant du pain dans une corbeille qu’il apportait et posait au hasard en regardant par la fenêtre, avant de filer dans l’arrière-salle.
    Polycarpe soupçonnait son nouvel ami d’hyperactivité chronique.
     
    Les consommateurs quittèrent le café. Le type qui avait bu une bière sortit en dernier. Avec ses cheveux en brosse plantés bas sur le front, une barbe drue et son nez long au bout arrondi, il ressemblait au hérisson de Jaco. Amusé par l’analogie, Polycarpe lui adressa un « au revoir » enjoué.
    - À la revoyure ! lança le bonhomme.
    Basile revenait avec quatre assiettes, deux verres, six couverts et un rouleau d’essuie-tout.
    - C’est le fils de Chimène... Un vieux gars, le cantonnier de Rochebourg qu’on appelle Berouette.
     Basile Bot initiait Polycarpe aux arcanes du pays. Il connaissait tout le monde. Quand le café désaffecté, acquis et restauré par la commune, avait été proposé en location-gérance dans l’intention d’endiguer l’inexorable agonie du village,  la candidature de Basile, qui était originaire des environs et se prévalait d’un revenu stable de fonctionnaire à mi-temps, avait été jugée sans risque par les édiles.
    - Je peux vous tenir compagnie ?
    - Bien volontiers.
    - J’aime pas manger tout seul et vous non plus ?
    - Non plus.
    Polycarpe remplit leurs verres. Ils burent une gorgée et Basile jeta sur son convive un regard espiègle.
    - Alors, quoi de neuf ?
    - Rien de spécial... si ce n’est la visite de Jaco. Est-il vraiment le fils de Mama Boubou ?
    - Vrai. Marrant non ? Elle l’a adopté. Des parents morts dans un accident de quelque chose... avion, voiture, je sais pas. Il a été recueilli par la DASS, puis confié à Mama, qui est nourrice agréée. Elle a fait une demande d’adoption, ratifiée depuis peu, ça a été longuet.
    - Je ne savais pas qu’une mère célibataire pouvait adopter...
    - Eh, la preuve ! De toute façon, elle a un agrément de nourrice, on ne peut donc pas dire qu’elle ne sait pas élever des enfants ! Et puis, elle a d’assez bons revenus... de fait... avec sa peinture.
    - Sa peinture ?
    - C’est une artiste ! Elle fait de chouettes tableaux, vous verrez. À propos, elle signe ses tableaux de son vrai nom : Marie Bulu. On l’appelle souvent Mama Boubou, comme les enfants qu’elle garde !
    Il s’éclipsa pour chercher le potage.
    « Voilà autre chose » se dit Polycarpe qui parlait avec un cafetier instituteur et découvrait une nourrice artiste peintre.
    En rencontrant quotidiennement Marie Bulu qui prenait comme lui son pain à la tournée, ils parlaient du temps et, tout en cherchant la monnaie, il leur arrivait parfois de déplorer les derniers désastres transmis par les ondes.
    - Dites-moi, Basile, ma cour derrière c’est la jungle en pire. J’aurais besoin de quelqu’un pour me donner un coup de main. Rémunéré, bien sûr.
    - Pour faucher ?
    - Dans un premier temps, défricher.
    - Faut voir ! dit Basile en remportant la soupière.
    Quand il revint avec une omelette appétissante, Polycarpe le relança.
    - J’ai bien une petite idée, répondit Basile, mais c’est pas dans la poche : un jeune de quoi : vingt-deux, vingt-quatre ans, au chômage. Parfois, il fait des petits boulots, il s’y tient ou il s’y tient pas, ça dépend : faut avoir de l’autorité sur lui. Ici, on l’appelle Petit Lu. 
    Il prit un prospectus sur le vaisselier et inscrivit son adresse.
    - Pour le téléphone, les Verpré sont dans l’annuaire.
     
    En rentrant chez lui après dîner, Polycarpe fit un petit détour par la rue de la porte du Nord. Il passa devant la maison de Marie Bulu. Les volets étaient clos, les lumières éteintes, tout le monde devait être couché. Il passa son chemin.
    - Hep !
    Il vit surgir, d’un coin obscur du petit enclos touffu qui prolongeait la maison, la maman de Jaco dans une grande chemise de nuit blanche et froncée.
    - Tiens, Bonsoir ! Je vous croyais tous endormis.
    - Je prends le frais, dit-elle à voix basse.
    Polycarpe étouffa sa voix à l’unisson :
    -  Pour frais, c’est frais ! On ne se dirait pas fin juin.
    - Moi, ça va, chuchota-t-elle. Je bénéficie de la bonne isolation des mes kilos. Surtout, je profite du calme quand ils sont tous au lit. Je ne sais pas si vous avez eu des jeunes enfants, monsieur Houle, mais c’est véritablement le seul moment de la journée où on peut penser. Oh, vous savez : le hérisson est ressuscité ! Jaco ira vous remercier. J’y tiens, fit-elle d’un ton sévère. Je ne transige pas sur la politesse, monsieur Houle.
    - Eh bien, soit. Basile vient de me dire que vous peignez ? J’aimerais beaucoup  voir vos tableaux.
    - Quand vous voudrez. Ça me fera très plaisir. Oui, vraiment.
    - Bonne nuit,  madame Bulu !
    Il entendit en s’éloignant un éclat de rire assourdi en cascade. Il eut l’impression qu’elle se moquait de lui.
     
     à suivre...